Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, lors de sa réunion de politique monétaire à Francfort, jeudi 27 juillet, d'augmenter à nouveau ses trois taux directeurs de 25 points de base, estimant que l’inflation continuait à décélérer, mais demeurerait trop élevée pendant une trop longue période. Dès le 2 août, le taux de la facilité de dépôt sera augmenté à 3,75%, le taux des opérations principales de refinancement à 4,25% et le taux de la facilité marginale de prêt à 4,50%.
La décision, a souligné la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a été prise à l’unanimité, avec la détermination d’être dépendants des données afin de parvenir à ramener l’inflation à moyen terme à 2%.
Par ailleurs, le Conseil des gouverneurs a décidé de fixer la rémunération des réserves obligatoires à 0%.
Cette décision préservera l’efficacité de la mise en œuvre de la politique monétaire en conservant le même niveau de contrôle sur son orientation, a indiqué la présidente. Cette modification entrera en vigueur au début de la période de constitution des réserves, le 20 septembre.
Une pause dans la hausse des taux ?
La BCE envisage à présent la possibilité d'une pause dans les hausses successives de ses taux directeurs.
La présidente a précisé que cette éventualité sera examinée à partir de septembre, et ensuite à chaque réunion de politique monétaire. Il ne s'agit pas d'orientations (forward guidance). « La charge de la preuve sera sur les données », a précisé Christine Lagarde.
La décision sera prise à nouveau en fonction de l'évaluation, par le Conseil des gouverneurs, des perspectives d'inflation, de la dynamique de l'inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Tous les types de données macroéconomiques seront pris en considération.
Mme Lagarde a indiqué qu'en septembre, le Conseil des gouverneurs disposerait notamment des projections d’inflation élaborées par la BCE, de deux lectures et d’une meilleure compréhension de la transmission de sa politique monétaire.
Par ailleurs, il n'y aura pas d'arbitrage entre les taux d'intérêt et le resserrement quantitatif ('quantitative tightening') et les taux d'intérêt resteront l'outil principal et le plus efficace de la BCE, a déclaré sa présidente. « Notre moteur est l’effet de notre politique monétaire sur l’inflation », a-t-elle ajouté.
Dynamiques de l'inflation
La présidente a indiqué que les moteurs de l'inflation changeaient : les sources externes d'inflation s’atténuent tandis que les pressions inflationnistes domestiques, notamment celles exercées par la hausse des salaires et les marges bénéficiaires, demeuraient encore solides et devenaient un facteur d'inflation de plus en plus important.
Cependant, elle a indiqué que l’on n’observait pas d’effet de second tour ni de risque d’un tel phénomène, pour le moment du moins, mais que la BCE observait particulièrement le secteur des services.
Le vice-président, Luis De Guindos, quant à lui, a souligné que, comme l’indiquait le rapport sur la stabilité financière, la BCE avait accordé de l’attention à la baisse des prix de l’immobilier, particulièrement de l'immobilier commercial. Une tendance, indique M. De Guindos, qui a débuté avant le resserrement de la politique monétaire et qui ne s’observe pas dans l’immobilier résidentiel.
Transmission de la politique monétaire de la BCE
Christine Lagarde a indiqué que la matérialisation de la transmission de la politique monétaire de la BCE s’observait de manière effective pour le volet du financement par les banques. La transmission vers l’économie au sens large est moins évidente, mais commence à être observée.
« Il n'est pas surprenant qu'il y ait moins d'investissements en général. Tel est l'effet escompté de l'orientation de la politique monétaire que nous avons définie. Et c'est précisément ce qui permettra de ramener l'inflation à son niveau cible », a par ailleurs déclaré la présidente Lagarde.
Verdissement du portefeuille
La présidente a souligné que, comme Greenpeace l’avait noté (EUROPE 13230/24), la BCE cessait ses réinvestissements au titre de son programme d’achats d’actifs APP. Or, la BCE s'était engagée à aligner ces programmes d'achats d'actifs sur l’Accord de Paris.
Christine Lagarde a déclaré : « Nous élaborerons, dans le courant 2023, les moyens et les méthodes par lesquels nous nous alignerons sur l'Accord de Paris ».
Liens vers les décisions : https://aeur.eu/f/89h ; https://aeur.eu/f/89j (Émilie Vanderhulst)