« Le domaine de l'information est devenu une zone de conflit avec les Russes et les Chinois », a mis en garde James P. Rubin, envoyé spécial et coordinateur du ‘Global Engagement Center’ du Département d'État américain, devant une poignée de journalistes, mercredi 1er mars à Bruxelles.
Chargé de contrecarrer les efforts de propagande et de désinformation étrangères aux États-Unis, M. Rubin a rencontré, pour la première fois, le Haut Représentant de l'Union pour les Affaires étrangères, Josep Borrell. Une première visite dans la capitale européenne qui vise à alerter sur l’ampleur des stratégies de désinformation russes, mais surtout chinoises. « La société ne réalise pas à quel point la Russie et la Chine tentent de manipuler et d'empoisonner le flux d'informations et à quel point elles ont réussi à le faire », a-t-il résumé.
« Des dizaines de milliards de dollars » investis par la Russie et la Chine
S’il s’est réjoui du niveau de coopération entre l’UE et les États-Unis sur ce sujet et a considéré que l’invasion russe de l’Ukraine a agi comme un « signal d’alarme », il a appelé l’Occident à « passer au niveau supérieur » après une réponse tardive. Il a notamment rappelé que l’UE et les États-Unis prennent seulement progressivement la mesure de « à quel point la guerre de l'information qu'ils mènent est traitée à un niveau élevé dans leur système [et leur politique étrangère], à un niveau bien plus élevé que dans notre système ».
Ainsi, pour lui, et malgré des stratégies différentes, « la Russie et la Chine sont alignées » sur la guerre en Ukraine et ont dépensé des « dizaines de milliards de dollars ensemble » pour investir le domaine de l’information.
Passer à une stratégie « active »
Interrogé sur les réponses possibles, M. Rubin a concédé que, pour l’heure, l’Occident reste dans une « défense passive » en « identifiant la désinformation, en la dénonçant et en construisant une résilience ».
Il a, dès lors, plaidé pour un passage à une « défense active », notamment en « dissuadant les diffuseurs primaires de désinformation ». Prenant l’exemple de l’agence de presse russe Prigozhin, dont le fondateur a admis avoir interféré dans les élections américaines de 2016, il a suggéré de s’attaquer directement aux « guerriers de l'information » en exposant, non seulement leurs pratiques, mais leurs identités.
Pour lui, considérer la « désinformation qui nuit à nos pays » comme un acte qui peut être empêché à l’avance ouvrirait la voie à des actions de réponse plus concrètes. Au-delà des sanctions, il a invité à envisager des discussions avec les gouvernements des pays « alliés » où sont basées des activités de désinformation à grande échelle pour « essayer de se défendre plus activement contre cela et ne pas attendre qu'ils racontent des mensonges ». (Hélène Seynaeve)