Les eurodéputés se sont penchés, mercredi 15 février, sur l’État de droit en Grèce et l’utilisation par le gouvernement grec de logiciels espions, en l'occurrence le logiciel israélien Predator.
Le débat a été initié par le socialiste grec Nikos Androulákis, mis sur écoute en 2021 et n’ayant toujours pas pu obtenir la lumière sur ces pratiques. « Le peuple grec mérite mieux », a-t-il commenté, accusant le gouvernement du Premier ministre, Kyriákos Mitsotákis, de tout faire au contraire pour « incriminer les victimes ». Il a critiqué le gouvernement grec qui a « changé deux fois la législation » pertinente pour que les « cibles de ces écoutes ne puissent pas être informées » sur ces agissements.
Selon M. Androulákis, ces pratiques d’écoutes constituent un « grand danger pour nos démocraties libérales et le plus grand danger est que les citoyens s’habituent » et acceptent ces violations des données personnelles et de communications.
En Grèce, le logiciel Predator a mis en danger non seulement des hommes politiques, mais aussi des journalistes ou des membres de forces armées.
Sans surprise, le débat a donné lieu à des invectives politiques, les membres du PPE, défendant M. Mitsotákis, s'étant interrogés sur la « valeur ajoutée » du débat, à l’image du Néerlandais Jeroen Lenaers. Il a rappelé que la commission d’enquête PEGA sur les logiciels espions était déjà chargée de faire la lumière sur ce scandale. L’utilisation de logiciels espions est d’ailleurs « un problème européen », pas le fait d’un seul État membre, a-t-il commenté. D’autres élus PPE ont considéré que ce débat sur la Grèce n’avait pas lieu d'être.
Saskia Bricmont (Verts/ALE, belge), en revanche, a promis que le sujet des agissements grecs contre les journalistes, mais aussi les organisations de la société civile et les migrants resterait en haut de l’agenda du PE. Sophie in ’t Veld (Renew Europe, néerlandaise), rapporteur de la commission PEGA (EUROPE 13073/14), a déploré que le gouvernement grec « nie au lieu d’enquêter ».
Katarina Barley (S&D, allemande) a rappelé la très mauvaise note du pays en matière de liberté de la presse, la pire de l’UE. Selon le classement mondial de la liberté de la presse, la Grèce est passée de la 70e place en 2021 à la 108e en 2022. L’élue allemande a aussi rappelé le meurtre toujours non élucidé d'un journaliste d'investigation.
S’exprimant au nom de la Commission européenne, Mairead McGuinness a rappelé les recommandations pour la Grèce du rapport annuel 2022 sur l’État de droit qui avait fait état des problèmes liés à la liberté de la presse et à la sécurité des journalistes. Elle a rappelé que les États membres sont tenus d’enquêter sur toute pratique d’écoute illégale.
De son côté, la ministre suédoise des Affaires européennes Jessika Roswall, a répété que l’État de droit, et notamment les dialogues pays par pays qui permettent des progrès, reste une priorité de la Présidence suédoise du Conseil de l'UE. (Solenn Paulic)