Si des progrès ont été réalisés pour réduire dans l'UE la pollution atmosphérique et celle par les pesticides, il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine et plus encore en matière de pollution par les nutriments, le bruit et les produits chimiques pour atteindre l'ambition 'Zéro pollution' du 'Pacte vert européen', selon le premier rapport de suivi et de perspectives publié jeudi 8 décembre 2022.
Le plan d'action 'Zéro pollution' de mai 2021 a posé les jalons d'une transition de l'UE vers l'objectif de pollution zéro de l'air, des sols et de l'eau à l'horizon 2050, avec des cibles à atteindre d'ici 2030 pour concrétiser l'ambition d'un environnement non toxique pour la santé humaine et les écosystèmes naturels, à long terme (EUROPE 12719/4).
Le commissaire à l'Environnement, Virginijus Sinkevičius, l'a rappelé en présentant ce rapport en demi-teinte, fondé sur une évaluation de l'Agence européenne de l'environnement (AEE) et le travail de prospective du Centre commun de recherche de la Commission.
Ce rapport et celui sur la qualité de l'air (le 3e du genre), publié le même jour, appellent à la mise en œuvre de la législation existante et à l'adoption de toutes les propositions sur la table.
« Les nutriments, les pesticides et les déchets marins en excès provoquent l'eutrophisation des masses d'eau, le déclin des pollinisateurs et le fait qu'il y a dans les mers plus de plastiques que de poissons. La nature en pâtit », a déclaré M. Sinkevičius.
Selon le rapport, plus de 10% des décès prématurés survenant chaque année dans l'UE sont encore liés à la pollution environnementale - la pollution de l'air au premier chef, mais aussi la pollution sonore et l'exposition aux substances chimiques, qui est probablement sous-estimée.
Le commissaire a notamment souligné qu'avec la révision de la législation de l'UE sur la qualité de l'air, proposée fin octobre pour aligner plus étroitement les normes de l'UE sur les recommandations de l'OMS, il y aurait moyen de réduire de 70% le nombre de décès prématurés à l'horizon 2030 (EUROPE 13051/1). Il a également cité la révision proposée de la législation pour une eau propre (EUROPE 13051/2).
Le règlement proposé le 30 novembre pour doper la réutilisation des emballages et la prévention de leurs déchets doit, lui aussi, permettre de progresser, estime-t-il (EUROPE 13074/7).
Les données publiées jeudi alimenteront le premier rapport d'étape sur le 'Pacte vert européen' et le 8e programme d'action pour l'environnement, prévu pour la fin 2023. Les lacunes qu'il met au jour seront traitées de manière ciblée d'ici 2024.
Le commissaire a confirmé à cette occasion la présentation en 2023 d'une proposition législative sur la santé des sols « qui couvrira toutes les sources de pollution et de dégradation des sols » et d'une autre proposition pour s'attaquer au problème des microplastiques.
Pas de pause possible dans le Pacte vert. Interrogé sur les réticences des États membres envers la proposition de règlement contraignant sur l'utilisation durable des pesticides, il a estimé que la Commission avait été ambitieuse avec l'objectif d'une réduction de moitié de l'utilisation des pesticides et des plus dangereux d'entre eux à l'horizon 2030 - objectif contenu dans la stratégie 'de la ferme à la table' et la stratégie biodiversité. Pourtant, selon lui, cette législation « peut créer un terrain d'entente entre ceux qui utilisent beaucoup de pesticides et ceux qui en utilisent moins ».
Quant aux voix qui s'élèvent pour demander une pause dans le 'Pacte vert européen' en pleine crise énergétique, M. Sinkevičius les balaie d'un revers de la main.
« En 2019, le Pacte vert était une stratégie pour la croissance. Il se veut horizontal. Il ne s'agit pas seulement d'atteindre des objectifs environnementaux, mais d'assurer la résilience des communautés qui dépendent des terres qui se dégradent », a-t-il déclaré. Et d'ajouter : « Si on avait investi dans les renouvelables, les entreprises n'auraient pas été prises au dépourvu. Nous sommes là pour accompagner les entreprises ».
S'agissant des critiques de certains États membres, comme l'Italie - championne du recyclage -, envers la proposition sur le réemploi des déchets d'emballages, le commissaire a argumenté que « sans changement de cap pour contrer les déchets plastiques, dans cinq ou dix ans, les premières victimes seront les pêcheurs, les agriculteurs, les sylviculteurs », dont les revenus dépendent de la nature.
Le rapport de suivi et de perspective : https://aeur.eu/f/4k6
Le 3e rapport sur la qualité de l'air : https://aeur.eu/f/4kn (Aminata Niang)