L’Agence européenne de la Défense (EDA) a révélé, jeudi 8 décembre, qu’en 2021, le total des dépenses européennes de défense ont atteint 214 milliards d'euros, marquant une nouvelle augmentation de 6% par rapport à 2020 et la septième année de croissance consécutive.
En comparaison, en 2021, les États-Unis ont dépensé 686 milliards d’euros, la Chine 241 et la Russie 56.
Dans son rapport publié ce jeudi, l’EDA précise que les dépenses de défense des 26 États membres parties à l’Agence (les États membres de l’UE hormis le Danemark) correspondent à 1,5% de leur PIB, soit le même niveau qu’en 2020. L’objectif pour les membres de l’OTAN est d’atteindre 2% d’ici 2024.
Par rapport au creux atteint en 2014, les dépenses de défense ont augmenté de près de 52 milliards d'euros, soit 32% en termes réels, explique l’Agence.
Par ailleurs, sur les 18 États membres qui ont augmenté leurs dépenses de défense en 2021, six l’ont fait d’au moins 10%. Si le rapport ne précise pas le nom des pays, selon le communiqué de l’EDA, les augmentations les plus importantes s'élèvent à plus de 4 milliards d'euros pour l'Italie en termes absolus et à 42, 33 et 27% en termes relatifs respectivement pour la Finlande, la Grèce et la Slovénie. Huit États membres ont réduit leurs dépenses, la réduction la plus importante étant de 15% en termes relatifs.
Sur ces 52 milliards d'euros consacrés aux investissements de défense, 82% (43 milliards d'euros) ont été utilisés pour l'acquisition d'équipements et 18% (9 milliards d'euros) pour la recherche et le développement. « Un euro sur quatre va aux nouvelles capacités », a expliqué le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, lors de la conférence annuelle de l’EDA à Bruxelles.
Les États membres ont continué à respecter le seuil de 20% d'investissements dans la défense, pour la troisième année consécutive, atteignant un niveau record de 24%. À titre individuel, 19 États atteignent les 20%, soit 5 de plus que l’an dernier.
En 2021, les dépenses de recherche et technologie (R&T) de défense s'élevaient à 3,6 milliards d'euros, soit une augmentation de 41% par rapport à 2020. Mais ces dépenses sont inégales selon les États membres : 13 les ont augmentées, 12 diminué et un est resté inchangé. Avec 3,7% des dépenses totales de R&T, l'Allemagne est le pays des 26 États membres qui consacre le plus d'argent à ce domaine.
Faire plus en commun
Au-delà de dépenses plus importantes, le Haut Représentant de l’UE a plaidé à de nombreuses reprises pour des dépenses concertées.
Sur ce point, des efforts sont encore à faire. Ainsi, les dépenses pour des projets d'acquisition collaborative européenne d'équipements de défense ont atteint un niveau record de 7,9 milliards d'euros, soit près du double des 4,1 milliards d'euros enregistrés en 2020. Cela représente 18% du total des achats d’équipement de défense (contre 11% en 2020), encore loin de l’engagement pris dans la cadre de la coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais) de 35%. 15,1 milliards d’euros sont nécessaires pour combler cette différence.
En 2021, les États membres ont dépensé 248 millions d'euros pour des projets de R&T de défense en coopération avec d'autres États de l'UE, soit à peine 7% des dépenses totales de R&T, loin de la référence collective de 20%.
Faire encore mieux
Lors de la conférence, le Haut Représentant a appelé à faire plus. Il a rappelé que la guerre en Ukraine avait fait prendre conscience aux États membres que leurs stocks étaient faibles. « Nous manquons de capacités de défense essentielles », a-t-il rappelé, ajoutant qu’il fallait compenser des années de sous-investissement.
« Le total des dépenses de défense que les États membres ont annoncé augmentera de 70 milliards d'euros au cours des trois prochaines années », a souligné M. Borrell, ajoutant que ce serait un défi de dépenser cet argent, et encore davantage de le faire de manière coordonnée. « Si nos décisions nationales se concentrent uniquement sur les besoins actuels... le paysage européen des capacités sera à nouveau fragmenté », a-t-il mis en garde.
Voir le rapport de l’EDA : https://aeur.eu/f/4jz (Camille-Cerise Gessant)