Les ambassadeurs des États membres auprès de l’UE (Coreper) poursuivront, ce jeudi 7 avril, leurs discussions sur le cinquième paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, que la Commission européenne avait dévoilé la veille (EUROPE 12926/8).
À l’issue de la discussion du Coreper, mercredi 6 avril, une source européenne a précisé à EUROPE que l’embargo sur le charbon et l’interdiction de l’accès aux ports européens étaient les questions les « plus délicates », qui nécessitaient plus de temps et de travaux.
De plus, selon plusieurs sources européennes, il y a encore des questions techniques à régler - chose normale en raison de la densité du paquet proposé mardi –, ce qui prend du temps.
Les travaux se sont poursuivis entre les États membres, la Commission et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE), dans la journée de mercredi, afin de préparer les ajustements nécessaires avec pour objectif de parvenir rapidement à un accord.
Une source a précisé que tous les États membres étaient en faveur d’une adoption rapide du paquet de sanctions. Via Twitter, la Présidence française du Conseil de l'UE a annoncé que l'approbation des propositions de sanctions serait à l'agenda d'une réunion supplémentaire du Coreper, jeudi, tout comme la décision de recourir à la procédure écrite pour leur adoption.
La mesure 'phare' du nouveau paquet de sanctions concerne un embargo sur le charbon russe, ce qui représenterait, selon la Commission, quatre milliards d’euros par an de revenus en moins pour la Russie. L'UE importe 46% de sa consommation de charbon.
Des travaux préparatoires se poursuivent également sur les importations de pétrole.
Selon une analyse récente du Conseil d’analyse économique (CAE), un centre de réflexion français qui réalise des analyses économiques pour le gouvernement français, l’impact économique pour l’UE d’un embargo sur les importations d’énergie russes serait « gérable en moyenne », avec une baisse de 0,2 à 0,3% du revenu, soit 100 euros par Européen adulte par an.
Il existe néanmoins une « hétérogénéité importante » dans l’ampleur du choc énergétique que subiraient les États membres. La Lituanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande et la République tchèque seraient ainsi sévèrement touchées, avec une baisse de leur revenu national brut comprise entre 1% (Finlande, République tchèque) et 5% (Lituanie). Pour l’Allemagne, l’impact « est réel (environ 0,3% et jusqu’à 3% dans les scénarios les plus pessimistes), mais globalement modéré et peut être absorbé », souligne l’analyse.
Voir l'analyse du CAE : https://aeur.eu/f/14i
Plus de 200 nouvelles inscriptions
En plus des annonces de la Commission européenne, l’UE pourrait interdire l’exportation d’argent liquide en monnaies autres que l’euro et de carburant pour avion.
De même, le SEAE propose de sanctionner 36 personnes, dont trois personnalités politiques, les deux filles du président russe, Vladimir Poutine, 24 oligarques et membres de leurs familles, et sept personnes impliquées dans la diffusion de propagande pour le compte du Kremlin. 179 membres des ‘Parlements’ des républiques séparatistes seraient aussi concernés.
De plus, 13 industries militaires et de défense et quatre banques - Otkritie, Novikombank, Sovkombank et VTB - pourraient faire l’objet d’un gel de leurs avoirs.
Pression de l’Ukraine
Mercredi, lors d’un discours par visioconférence devant le Parlement irlandais, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a maintenu la pression exercée sur l’UE, dénonçant l’« indécision » dans la prise des mesures.
« Alors que le monde entier est au courant des crimes commis contre notre peuple, nous devons toujours convaincre des entreprises européennes de quitter le marché russe. Nous devons encore convaincre des hommes politiques étrangers de couper les liens des banques russes avec le système financier international. Nous devons encore convaincre l'Europe que le pétrole russe ne peut pas financer la machine de guerre russe », a-t-il détaillé.
La Russie va répondre à l’expulsion de ses diplomates
Par ailleurs, en réponse à l’annonce du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, de déclarer 19 diplomates de la mission russe persona non grata (EUROPE 12926/8), l’ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov, a assuré le Secrétaire général du SEAE, Stefano Sannino, « de l'inévitabilité de mesures réciproques adéquates de la part de la partie russe ».
La mesure de l’UE « ouvertement inamicale, hostile et, surtout, sans fondement, s'inscrit dans la politique de l'UE visant à démanteler le partenariat entre la Russie et l'UE, que les deux parties qualifiaient fièrement de stratégique jusqu'à récemment », a précisé la Mission russe auprès de l’UE dans un communiqué.
La Russie évalue les décisions d'expulsion prises par plusieurs pays européens et réagira en conséquence. « Néanmoins, notre position reste absolument la même : nous plaidons pour que les canaux diplomatiques restent ouverts », a expliqué le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexander Grushko. Il a pourtant ajouté que la Russie n’avait « aucun contact avec l’OTAN ». (Camille-Cerise Gessant avec Damien Genicot)