« Crimes contre l’humanité » pour le président du Conseil européen, Charles Michel, assassinat de l’humanité et « crimes de guerre » pour la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, « barbarie », « atrocités », « images et témoignages terrifiants, insupportables » pour les députés européens... Les exactions commises à Boutcha n’ont pas manqué de faire réagir, mercredi 6 avril, lors d’un débat au Parlement européen.
En représailles de ces exactions, les États membres discutent de mesures supplémentaires (voir autre nouvelle) sur des propositions de la Commission détaillées le 5 avril par Mme von der Leyen, parmi lesquelles un embargo sur le charbon (EUROPE 12926/8). La fermeture des ports européens aux navires russes, également proposée, a été saluée par plusieurs chefs de groupe politique.
Malgré ces nouvelles mesures - qui ne seront pas les dernières, selon Mme von der Leyen - les représentants des groupes politiques ont, pour la plupart, appelé à aller plus loin.
« On ne peut pas rester paralysés, sans réaction, il faut davantage de sanctions », a souligné la coprésidente des Verts/ALE, Ska Keller (allemande).
« Le charbon, c’est important, mais vous avez dit que cela représente 4 milliards d'euros par an, contre 1 milliard par jour pour le reste, l’impact ne sera guère significatif », a rappelé Marco Zanni (ID, italien) à Mme von der Leyen. Ainsi, en plus du charbon, selon le président du groupe PPE, Manfred Weber, il y a un large consensus au sein du PE pour cesser les importations de pétrole russe dans l’UE.
Les présidents des groupes S&D, Iratxe García Pérez (espagnole), et de Renew Europe, Stephane Séjourné (français), ont été plus loin en demandant un embargo sur le gaz. « Nous savons que c’est difficile, qu’il pourrait y avoir parfois techniquement des sujets insurmontables, mais à ce stade de l’horreur, nous devons nous y préparer », a estimé M. Séjourné, prévenant qu’il fallait s’attendre au pire des découvertes à Kharkiv et Marioupol.
La résolution commune qui sera votée ce jeudi demande un « embargo total immédiat sur les importations russes de pétrole, de charbon, de combustible nucléaire et sur le gaz aussi rapidement que possible ». Cependant, un amendement qui sera aussi mis au vote appelle à un embargo immédiat sur le gaz.
Lors du débat, M. Michel a reconnu que « des mesures sur le pétrole et même le gaz seront nécessaires tôt ou tard ».
MM. Weber et Séjourné ont également plaidé pour l’exclusion de la Russie de Swift, Mme García Pérez pour que soit coupé l’accès du Kremlin aux bourses de cryptomonnaies et des mesures contre ceux qui facilitent la vie aux oligarques, contre les banques et les géants de l’énergie russes.
« Nous devons taper davantage encore sur les oligarques. Il n’y a que comme cela qu’on affaiblira assez Poutine pour le contraindre à négocier (…) Pourquoi n’exigez-vous pas des paradis fiscaux européens la liste de tous les oligarques russes qui détiennent des avoirs sous peine de sanctions massives ? », a lancé Manon Aubry (La Gauche, française) à la Commission européenne.
« Un segment plus large de fonctionnaires, de gouverneurs et de maires russes ainsi que de membres de l'élite économique qui respectent la politique actuelle du régime de Poutine et en bénéficient devrait être visé par les sanctions », précise le projet de résolution commune, qui demande en outre des mesures contre des personnalités publiques qui diffusent en Russie une propagande agressive en faveur de l'agression russe contre l'Ukraine.
Le projet de résolution appelle aussi à l'établissement d'un plan d'action clair vis-à-vis des pays tiers qui faciliteraient le contournement des sanctions par la Russie et l'introduction de sanctions secondaires sur toutes les entités de l'UE et des pays tiers aidant au contournement de ces mesures.
Garder l'unité européenne
Si plusieurs députés ont insisté sur l’unité européenne, M. Zanni s’est montré pessimiste pour l’avenir. « Les sanctions sont un pas en avant, mais ne nous leurrons pas, c’est un sujet qui finit par nous diviser, car on sait que l’impact de ces sanctions est asymétrique selon les États membres, nous devons en tenir compte », a-t-il mis en garde, appelant à accélérer le débat sur des aides, ce qui pourrait convaincre les pays les plus récalcitrants d'accepter certaines sanctions. « Avec le temps qui passe, la réaction de l’Europe va s’affaiblir, on va aller vers une sorte de normalisation, c'est ce qu'il s’est passé plus d’une fois, j’ai peur que cela arrive à l’avenir », s’est inquiété Ryszard Legutko (CRE, polonais).
Aide à l’Ukraine
Par ailleurs, M. Weber a appelé à des livraisons d’armes supplémentaires à l’Ukraine, demande reprise dans la résolution commune. « Il faut des armes lourdes – les livraisons de chars tchèques sont un bon signal - et si on n’est pas disposé à une 'no-fly zone', l’Ukraine a besoin de missiles anti aériens », a-t-il souligné.
Il a aussi, tout comme Manon Aubry, demandé un soutien financier supplémentaire à l’Ukraine, qui pourrait bientôt être en faillite. Mme Aubry a même demandé l’annulation de la dette ukrainienne.
Enfin, de nombreux députés, tout comme M. Michel et Mme von der Leyen, ont appelé à des enquêtes internationales sur les atrocités commises en Ukraine. La résolution commune invite les institutions de l'UE à prendre toutes les mesures nécessaires pour poursuivre les actions de MM. Poutine et Loukachenko en tant que « crimes de guerre et crimes contre l'humanité » et à participer activement aux enquêtes à cet égard, demandant même la création d'un tribunal spécial des Nations unies. Selon une source européenne, un amendement qualifiant M. Poutine de « criminel de guerre » sera mis aux voix.
M. Michel, pour sa part, a appelé les soldats russes à lâcher leurs armes, jugeant l’idée soumise par des députés - proposer l’asile aux soldats qui désobéiraient - « bonne », estimant qu'elle méritait d’être renforcée.
Voir le projet de résolution : https://aeur.eu/f/14y (Camille-Cerise Gessant)