Les ministères français des Affaires étrangères et de l’Agriculture ont discuté, mardi 5 avril, de la mise en œuvre de l’initiative Food & Agriculture Resilience Mission (FARM) pour la sécurité alimentaire des pays les plus vulnérables.
Le président français, Emmanuel Macron, avait annoncé le lancement de cette initiative internationale le 24 mars dernier, en lien avec les partenaires de l’Union européenne, du G7 et de l’Union africaine (EUROPE 12918/5).
L'initiative FARM a pour objectif d’éviter les effets « désastreux pour la sécurité alimentaire mondiale, de la guerre menée par la Russie en Ukraine », selon un communiqué des deux ministères publié mardi. Ce conflit a en effet des conséquences dramatiques dans de nombreux pays vulnérables sur le niveau des prix, la production, l’accès et l’approvisionnement en céréales, notamment le blé.
Cette initiative repose sur trois piliers :
- un pilier commercial pour apaiser les tensions sur les marchés agricoles, garantir la pleine transparence des flux ainsi que des stocks et lutter contre les barrières commerciales injustifiées ;
- un pilier 'solidarité' pour soutenir les capacités agricoles ukrainiennes, assurer l'accès à un prix raisonnable aux denrées agricoles dans les pays les plus touchés, et se préparer à pallier les effets de la guerre sur le niveau de production agricole ;
- un pilier 'production' pour renforcer les capacités agricoles de manière durable dans les pays les plus concernés.
En effet, en raison de la guerre, l’Ukraine n'est pas en capacité d'exporter ses réserves de blé et d'autres céréales qu'elle produit. Surtout, « il faut anticiper ce risque que l'Ukraine ne soit pas en capacité de procéder à ses récoltes cette année et de semer et de récolter cet été », selon une source française.
Or, l'Ukraine est le quatrième exportateur mondial de blé et de maïs. Elle fournit plus de la moitié de l'huile de tournesol du monde.
« Cette initiative va requérir des financements. Mais ce n'est pas le seul levier. C'est aussi un levier de redirection des quantités produites. Il faudra aussi prévoir une surveillance des marchés, avec une possibilité de rediriger certaines quantités là où elles seront le plus nécessaires », explique encore cette source.
Les États-Unis et l’ensemble des partenaires du G7 sont en faveur de l’initiative. Celle-ci « n’atteindra ses pleins effets que si on (y) arrime des pays clés du G20 notamment, comme l’Inde ou la Chine », selon Paris.
L’Égypte importe 60% de ses céréales d'Ukraine ou de Russie, la Tunisie 60% également, le Liban 89%.
Mercredi 6 avril, devant le Parlement européen, le président du Conseil européen, Charles Michel, a souligné que l'UE devait prendre des mesures pour garantir la sécurité alimentaire. Il convient, selon lui, de tenir compte de la situation de pays en développement, « notamment dans notre voisinage ».
« Je pense au continent africain en particulier, qui va souffrir, qui souffre déjà et qui souffrira davantage encore. Cela doit nous mobiliser, c'est le sens de cette proposition de la Présidence française, le plan FARM, pour activer une batterie de mesures, pas seulement en soutien financier, mais également des mesures pour faciliter des dispositifs qui touchent aux importations ou aux exportations », a fait valoir M. Michel.
Enfin, la France évoque une initiative lancée au sommet UE-UA en février visant à stimuler la collaboration entre Européens et Africains sur le développement des protéines végétales, « pour que l'augmentation importante des besoins en protéines des Africains (notamment pour nourrir les poulets) puisse se faire grâce à de la production locale plutôt que par des importations de l'autre bout du monde ». (Lionel Changeur)