Le ministre français des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a présenté aux membres de la commission des Transports du Parlement européen, mercredi 2 février, les priorités de la Présidence française du Conseil de l’UE (PFUE).
« Nous avons des objectifs très ambitieux pour 2030 et nous devons les atteindre », a-t-il indiqué, avant d’ajouter : « C’est la crédibilité de l’Union européenne qui est en jeu ».
Au cours de son mandat, la France mettra l’accent sur les différents volets du paquet ‘Fit For 55’, présenté par la Commission européenne le 14 juillet 2021 (EUROPE 12762/1). Cet ensemble de textes doit permettre de parvenir à une réduction de 55% des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030.
Dans le détail, les efforts de la PFUE se concentreront tout d’abord sur le déploiement d’infrastructures de carburants alternatifs au sein de l’UE (EUROPE 12862/9). « Il faut rassurer les Européens, particuliers comme professionnels. La peur de ne pas pouvoir recharger son véhicule reste un frein à l’achat et nous devons déployer un vrai réseau de points de recharge électrique et à hydrogène », a déclaré M. Djebbari.
Il sera également question des textes portant sur l’intégration de carburants durables dans les secteurs de l’aviation (‘ReFuelEU Aviation’) (EUROPE 12881/10) et des transports maritimes (‘FuelEU Maritime’) (EUROPE 12882/5).
Sur ces deux dossiers, le ministre a insisté sur la nécessité de préserver la compétitivité des secteurs et de maintenir un niveau d’ambition élevé, tout en gardant à l’esprit le fait de limiter les potentielles fuites de carbone.
« Le but est de régler le problème ; nous ne pouvons pas nous permettre de le déplacer en dehors de l’UE », a-t-il souligné.
En outre, le secteur ferroviaire fera également partie des priorités de la PFUE. En la matière, le ministre français des Transports a exprimé sont attachement à travailler sur le report du secteur routier vers le ferroviaire, en redéveloppant, notamment, un réseau efficace pour les trains de nuit. Ceci, a-t-il indiqué, nécessitera « une coopération entre les États membres ». De la même manière, a-t-il détaillé, un soutien sera nécessaire pour les opérateurs de trains de marchandises.
La fin des pratiques contraires aux valeurs de l'UE
Par ailleurs, la PFUE entend mettre l’accent sur la régulation du secteur des transports. « Il faut être lucide, la libéralisation a des bienfaits, mais s’est aussi accompagnée d’une régulation sociale insuffisante, avec des pratiques sociales indignes des valeurs européennes ».
Ainsi, le ministre a insisté sur le besoin de mettre fin au plus vite aux dérives et pratiques qui poussent les pilotes d’avion à devoir payer eux-mêmes certaines de leurs heures de vol à leur compagnie (‘pay to fly’) ou qui amènent les armateurs de navires à enregistrer leur flotte dans certains pays à la réglementation plus légère.
« Concernant le maritime, il faudra appliquer des conditions de travail au moins égales à celles de l’un des deux pays riverains lors des liaisons régulières. Sur l’aérien, nous veillerons aussi à ce que l’application de l’accord d’ouverture du ciel avec le Qatar soit exemplaire sur le plan environnemental et social », a détaillé M. Djebbari.
Enfin, la PFUE souhaite travailler sur les questions de l'innovation et de la souveraineté, en favorisant la production de véhicules autonomes et connectés et de biocarburants au sein de l’UE.
Si une majorité des eurodéputés ont salué les ambitions de la Présidence française du Conseil de l’UE, certains ont toutefois émis quelques doutes et regrets.
« Nous sommes déjà en février et il n’y a pas eu grand-chose. J’ai des doutes, si vous continuez de cette manière, sur le fait de pouvoir atteindre les objectifs », a estimé Marian-Jean Marinescu (PPE, roumain). « Vous ne les avez pas mentionnés, mais certains dossiers sont bloqués au Conseil depuis des années. Je pense notamment aux droits des passagers dans l’aviation et aux créneaux aéroportuaires », a ajouté l’eurodéputé roumain. (Thomas Mangin)