La Présidence française du Conseil de l’UE a constaté une « unanimité » des ministres de l’Intérieur de l’UE, jeudi 3 février à Lille, sur sa volonté d’avancer graduellement sur le Pacte 'Asile et migration', a relaté, à l’issue des travaux, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin.
Selon lui, les ministres ont en effet adopté le principe d’avancer concrètement et simultanément, et cela, si possible, dès le prochain Conseil formel de mars, sur le filtrage (screening) des migrants aux frontières extérieures ainsi que sur une réponse de solidarité portant soit sur des relocations volontaires de migrants et demandeurs d’asile, en particulier ceux secourus en mer, soit un « soutien financier important » de la part des pays ne souhaitant pas en accueillir.
La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a confirmé, à ses côtés, cette ouverture de l’ensemble des ministres, évoquant une « atmosphère très constructive ».
L’objectif de la Présidence française est de parvenir à de premiers accords soit le 3 mars, lors du prochain Conseil formel, soit en juin. Toutefois, la France aimerait engranger de premiers accords sous sa présidence. Le mois de février sera donc très important, a dit le ministre français, pour détailler notamment les éléments du règlement 'filtrage' pouvant avancer et définir la réponse de solidarité équivalente. La question des modes alternatifs à la détention des migrants pour effectuer les contrôles de vérification des migrants est une autre réflexion que veut mener Paris.
Le ministre a toutefois mis en garde ses partenaires, en précisant que cette réponse de solidarité ne pourra intervenir que si les conditions de la responsabilité sont remplies, en l’occurrence si les pays de première ligne contribuent effectivement à renforcer la protection des frontières extérieures.
Autre objectif pour le Conseil de mars, si possible : que l’Agence européenne pour l’asile fournisse aux États membres un tableau objectif « des différentes législations d’asile » dans les États membres, a dit le ministre, afin de répondre au problème des mouvements secondaires de migrants et demandeurs d’asile, qui peuvent choisir de se déplacer dans des pays aux systèmes plus généreux.
Pour Paris, il était en tout cas temps de « changer de méthode » après 18 mois de discussions infructueuses sur le Pacte, a ajouté M. Darmanin. Il s’agit ainsi, tout en respectant la philosophie du Pacte 'Asile et migration' sur la table, de casser la logique « du tout ou rien » sur les textes qui le composent.
La première étape consistera en ce sens à favoriser aussi l’adoption du règlement Eurodac et à avancer ainsi vers l’interopérabilité des différentes bases de données. Sur la relocalisation volontaire, le ministre a reconnu que les discussions porteraient encore sur le type de critères comme la taille ou la richesse du pays. Mais il a assuré que les États membres dans leur ensemble avaient approuvé aussi ce principe de mécanisme de solidarité.
Tous ont en tout cas « accepté d’en reparler », Gérald Darmanin ajoutant par ailleurs que « l’on est en bonne voie pour trouver un nombre de pays suffisant ».
L’accord de La Valette de 2019 n’avait, lui, réuni qu'une dizaine de volontaires. La Belgique, pour sa part, a déjà fait savoir qu'elle ne pourrait pas participer à cette coalition de volontaires, son système d'accueil étant aujourd'hui complètement saturé. (Solenn Paulic)