La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, s'est évertuée à trouver un équilibre entre exprimer l'inquiétude du Conseil des gouverneurs quant au niveau record de l'inflation et justifier le statu quo de la politique monétaire. Elle a refusé de dire si l'institut monétaire allait agir sur ses taux directeurs en 2022, comme s'y attendent les marchés. Lors de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs, jeudi 10 mars, les banquiers centraux de la zone euro disposeront de nouvelles données économiques pour faire le point de la situation.
« L'inflation a fortement augmenté ces derniers mois et elle a encore surpris à la hausse en janvier », a déclaré Mme Lagarde, en référence aux taux records de 5,0 et 5,1% observés respectivement en décembre et janvier dans la zone euro.
Due « principalement » à la hausse des coûts de l'énergie, qui entraîne une augmentation des prix dans de nombreux secteurs d'activité, ainsi qu'à la hausse des prix des denrées alimentaires, « l'inflation devrait rester élevée plus longtemps que prévu, mais elle devrait diminuer dans le courant de l'année », a-t-elle ajouté. Elle a anticipé une « modération » des prix de l'énergie à moyen terme ainsi qu'une amélioration des chaînes d'approvisionnement mondial.
Mme Lagarde n'a toutefois pas caché que les risques pesant sur l'inflation étaient « orientés à la hausse, en particulier à court terme ». « Si les pressions sur les prix se traduisent par des hausses de salaire plus importantes que prévu ou si l'économie revient plus rapidement à son plein potentiel, l'inflation pourrait être plus élevée », a-t-elle précisé. Sur la question des salaires, elle s'attend d'ailleurs à une hausse des rémunérations, en tant que « logique économique » découlant de la reprise, même si, à ce stade, la BCE n'observe aucune pression des salaires en hausse sur l'inflation.
En novembre 2021, l'ancienne directrice du FMI avait estimé très improbable une hausse des taux directeurs de la BCE en 2022 (EUROPE 12825/18).
Une telle déclaration prévaut-elle encore ?, lui a-t-on plusieurs fois demandé, alors que la Banque d'Angleterre a relevé ses taux face à une inflation proche de celle observée en zone euro. Mme Lagarde n'a ni réaffirmé ni infirmé ses propos, notant au passage qu'au Royaume-Uni, la pression des salaires était bien plus forte que dans l'Eurozone.
Désireux de ne pas se précipiter dans la prise de décisions, le Conseil des gouverneurs refera le point de la situation en mars, sur la base de nouvelles projections macroéconomiques disponibles.
« Dès que cela s'avérera nécessaire, nous agirons, parce que c'est notre devoir », a assuré Mme Lagarde, rappelant que la mission première de l'institution de l'UE était la stabilité des prix.
Toutefois, toute action sera « graduelle » et rien ne sera fait tant que l'opération 'PEPP' de rachat massif de titres essentiellement publics, activée au déclenchement de l'épidémie au printemps 2020, ne sera pas arrivée à son terme en mars prochain, conformément à la décision qu'a prise la BCE en décembre dernier (EUROPE 12855/8). En outre, Mme Lagarde a rappelé que toute décision liée aux taux devra respecter les orientations sur la trajectoire future des taux d'intérêt ('forward guidance'), et notamment les trois conditions cumulatives arrêtées en juillet 2021 (EUROPE 12767/16).
Sur le plan économique, la présidente de la BCE s'est félicitée que la production de richesse ait retrouvé fin 2021 son niveau d'avant-pandémie et que le niveau de chômage soit au plus bas, à 7% de la population active. « Bien que les taux d'infection soient encore très élevés, l'impact de la pandémie sur la vie économique s'avère aujourd'hui moins dommageable », a-t-elle poursuivi, s'attendant à un « fort rebond » de la croissance en 2022.
Certaines incertitudes demeurent néanmoins liées à l'évolution de la pandémie et aux tensions géopolitiques, l'Europe étant « tellement dépendante » de ses importations en énergie, a noté Mme Lagarde.
Voir les décisions de politique monétaire de la BCE : https://aeur.eu/f/62 (Mathieu Bion)