En réaction à l’invitation faite par les autorités de transition maliennes à l’ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer, de quitter le territoire sous les 72 heures, l’Union européenne fait cause commune avec la France et invite « les autorités maliennes à la désescalade ».
« L’Union européenne, qui est pleinement engagée pour la paix et la stabilité au Sahel, à la demande des États et en soutien aux populations, fait part de son soutien et de sa solidarité avec la France et déplore vivement la décision des autorités de transition maliennes », a souligné le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, dans une déclaration publiée au nom des Vingt-sept mercredi 2 février dans la soirée.
L'UE « appelle les autorités maliennes à la retenue plutôt qu’à la répétition de comportements inacceptables vis-à-vis de ses partenaires européens comme le Danemark, dont le contingent vient de faire l’objet d’une décision de renvoi sur la base de motifs infondés », poursuit la déclaration.
M. Borrell réitère la solidarité de l'UE avec les positions prises par la CEDEAO et rappelle également que l’adoption de sanctions ciblées contre ceux qui font obstacle à l'achèvement de la transition politique au Mali est en cours de finalisation (EUROPE 12882/26).
Le Haut Représentant prévient que « cet isolement est préjudiciable à l’objectif commun de lutte contre le terrorisme ainsi qu’à la situation humanitaire et, à terme, de développement et stabilité durables ».
De son côté, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, s’exprimant quelques heures plus tôt, avait justifié comme « une position de principe » le renvoi de l’ambassadeur d’un pays « qui remet en cause la légitimité et la légalité des autorités auprès desquelles l’ambassadeur est accrédité », ajoutant que « les Français restent les bienvenus au Mali ».
Interrogée jeudi 3 février sur le risque que ces sanctions aggravent la situation, à deux semaines du sixième sommet entre l'UE et l'Union africaine (EUROPE 12882/15), la porte-parole du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Nabila Massrali, a répondu à la presse que « les sanctions sont un outil parmi d’autres de la politique extérieure de l’UE » et que le Haut Représentant « avait fait passer ses messages » lors de son entretien avec Abdoulaye Diop le 26 janvier à Bruxelles (EUROPE 12878/2).
Mercredi, devant les députés des commissions 'Affaires étrangères' et 'Développement' du Parlement européen, le directeur adjoint 'Afrique' du SEAE, Bernard Quintin, avait souligné que la demande faite par les autorités maliennes à la CEDEAO d’une prolongation de la transition de quatre à cinq ans est « inacceptable, juridiquement au regard des textes qui encadrent une transition de 18 mois, politiquement au vu de l’importance de donner la voix à la population, ainsi qu’au vu des engagements pris vis-à-vis des partenaires africains et européens ».
Quant au Burkina Faso, il a rappelé qu'au nom des Vingt-sept, M. Borrell avait, le 26 janvier, condamné le coup d’État et appelé au retour immédiat à l’ordre constitutionnel (EUROPE 12877/13), « comme l'ont fait tous les partenaires » du pays, et que la CEDEAO et l’Union africaine avaient, de surcroît, leurs activités dans le pays.
Les chefs d’État de la CEDEAO, réunis jeudi 3 février à Accra (Ghana), pourraient adopter des sanctions, à moins qu’un engagement ne soit pris par les autorités militaires sur le calendrier de remise du pouvoir aux civils et sur la tenue d’élections, a-t-il précisé.
Selon lui, il est trop tôt pour avoir un avis tranché sur les conséquences du coup d’État sur la coopération entre l’UE et le Burkina Faso en raison d’interrogations sur les intentions des militaires, dont on ne sait s’ils sont mus par des intérêts personnels ou la lutte contre la menace terroriste.
« Le SEAE reste favorable à la prise de contact pour faire passer les messages essentiels afin d’éviter une dérive comme au Mali, et souhaite continuer les engagements financiers pour soutenir les efforts du Burkina Faso contre les groupes terroristes ».
S’agissant de la coopération au développement, « un gel pur et simple n’est pas envisagé, à ce stade ».
Pour 2021-2024, 384 millions d'euros sont engagés pour trois priorités : - la paix, la cohésion sociale, la bonne gouvernance et le développement local ; - le développement humain inclusif (protection sociale et accès aux services de base) ; - l’économie verte et résiliente, avec pour objectif de contribuer à la croissance verte et à la création d’emplois. (Aminata Niang)