La réunion conjointe UE/G5 Sahel, convoquée mercredi 26 janvier pour se pencher en particulier sur la situation politique préoccupante au Mali et au Burkina Faso, s'est transformée en dialogues bilatéraux entre le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et les ministres des Affaires étrangères respectifs du Mali, du Niger, de la Mauritanie et du Tchad, lequel exerce la présidence tournante du G5 Sahel.
En l'absence d'un ministre du Burkina Faso (EUROPE 12877/13), décision a été prise par la partie africaine, en accord avec l'UE, que la réunion plénière aura lieu « lorsque les conditions seront à nouveau réunies », a indiqué Josep Borrell mercredi soir, dans une déclaration vidéo diffusée sur le site de la Commission européenne.
À en croire M. Borrell, ces entretiens bilatéraux lui ont permis de faire le point « sur la situation très préoccupante au Sahel, en particulier au Mali et au Burkina Faso, et sur l'extension de la menace aux pays voisins ».
Les efforts conjoints en matière de sécurité, de développement et d'aide humanitaire ont aussi été abordés dans le cadre de la stratégie intégrée de l'UE pour le Sahel (EUROPE 12701/6).
« À chacun de mes interlocuteurs, mon message a été - je l’espère - bien clair : l’UE maintient son engagement au Sahel. Elle en est un partenaire fiable et de longue durée. Les populations ont des besoins urgents en termes de sécurité, d’aide humanitaire et de perspectives sociales et économiques. Les impatiences grandissent et, tôt ou tard, ces fragilités nourrissent les mouvements terroristes que nous combattons tous et qui sont une menace pour tous », a déclaré le Haut Représentant. Et de rappeler que c'est aux autorités de ces pays qu'incombe la responsabilité première « d’offrir une réponse à leurs citoyens, en déployant les services publics et de base sur l’ensemble du territoire ».
Au ministre malien Abdoulaye Diop, M. Borrell a rappelé que l’UE souhaite rester engagée au Mali et au Sahel, mais pas à n’importe quel prix (EUROPE 12876/9, EUROPE 12875/2) : « J'ai demandé au ministre de nous donner des garanties concrètes pour assurer l’efficacité de nos missions d’appui aux forces de sécurité et de défense nécessaires à leur maintien. J’ai également rappelé que tout changement dans les conditions de travail de Barkhane et Takuba aura inévitablement des conséquences ».
L'objectif de l'entretien était de donner une chance à la diplomatie avant que l'UE n'impose des sanctions ciblées à ceux qui entravent la transition au Mali ainsi qu'au groupe russe Wagner, dans la foulée des sanctions économiques et financières déjà imposées par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) au pays.
M Borrell a réitéré l'appui de l'UE à « la demande de la CEDEAO aux autorités maliennes pour qu’elles adoptent un calendrier électoral crédible sans tarder ».
S'exprimant jeudi sur la chaine belge LN24, M. Diop a réitéré que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies pour la tenue d'élections, « avec des tueries entre populations ». Il a aussi souligné, à propos des djihadistes, que « ce qui se passe chez nous a souvent été importé. La crise en Libye, notamment, a injecté des terroristes sur notre territoire. Les populations sont en train d'être instrumentalisées ».
S'agissant du Burkina Faso, le Haut Représentant a indiqué avoir réitéré la position de l'UE - appel à un retour rapide à l'ordre constitutionnel et libération immédiate du Président Kaboré et de toutes les personnes illégalement détenues.
M. Borrell a par ailleurs salué la coopération « solide et fructueuse avec le Niger et la Mauritanie ». L'UE continuera de soutenir « l'évolution positive de la transition au Tchad », a-t-il aussi déclaré.
Aide humanitaire de l'UE. Jeudi 27 janvier, la Commission européenne a annoncé qu'elle engageait 175 millions d'euros pour financer en 2022 des projets humanitaires en faveur des populations vulnérables dans huit pays d'Afrique de l'ouest et centrale : Burkina Faso (23,5 millions), Mali (25 millions), Mauritanie (8,5 millions), Niger (24 millions), Tchad (26,5 millions), Cameroun (16 millions), République centrafricaine (17 millions) et Nigéria (34 millions). (Aminata Niang)