La Banque européenne d'investissement (BEI) s'apprête à dévoiler son initiative 'EIB Global', qui vise à rationnaliser et renforcer son action hors de l'Union européenne, en réponse à une requête qu'avait formulée en mai 2021 le Conseil de l'UE dans le cadre de la réflexion sur l'architecture financière européenne pour le développement (EUROPE 12741/23).
« Dans le cadre de la réforme globale des activités de l'UE dans le monde, et à la suite de la demande du Conseil (...), nous nous sommes engagés dans un processus visant à réformer les activités de la BEI à l'extérieur de l'UE et à créer une branche spécialisée dans le financement du développement », a déclaré le président de la BEI, Werner Hoyer, en présentant jeudi 27 janvier les résultats 2021 de la Banque de l'UE.
L'initiative 'EIB Global' fera converger les ressources et l'expertise dédiées au financement du développement au sein d'une « structure de gouvernance claire » et permettra d'apporter « une contribution plus forte et mieux ciblée » à Team Europe, a ajouté M. Hoyer, en référence à l'approche mobilisant les fonds de l'UE, de ses États membres et des institutions financières (BEI et BERD) dans les pays tiers vulnérables.
Parmi ces ressources figure l'instrument financier 'NDICI' de l'UE pour le voisinage, le développement et la coopération internationale, qu'EIB Global' gérera au nom du groupe BEI (EUROPE 12737/4).
Sur la gouvernance de l'initiative, un groupe d'experts dédié sera mis sur pied en février avec pour mission de conseiller le conseil d'administration de la BEI. Déjà présente dans trente pays tiers, la Banque de l'UE étendra son rayon d'action en s'appuyant notamment sur le réseau des délégations de l'UE.
« Nous ferons venir des banquiers et des ingénieurs sur le terrain (...) pour qu'ils participent à la conception et à la préparation des projets, à l'accélération des décaissements, au suivi et au règlement de problèmes... et, surtout, pour qu'ils apprennent les uns des autres », a indiqué le président de la BEI.
L'initiative sera un partenaire clé de la Commission européenne dans la concrétisation de la stratégie 'Global Gateway' visant à contrer l'initiative chinoise 'Nouvelle route de la soie' (EUROPE 12844/7).
Interrogé sur certaines lacunes relevées par des ONG concernant l'impact négatif de projets financés par la BEI sur les droits de l'homme, M. Hoyer a reconnu l'importance de réviser pour améliorer constamment les processus de suivi en place. Plus d'une vingtaine d'organisations, parmi lesquelles le WWF et Counter Balance, demandent à la BEI de mettre sur pied une réelle stratégie pour les droits de l'homme pour compléter celles relatives au climat et à l'égalité de genre.
Voir la lettre des ONG : https://bit.ly/33QY6wP
Plus de 50% des prêts octroyés en faveur de la transition climatique
M. Hoyer a également mis en avant le fait qu'au-delà de son soutien à la lutte contre la pandémie de Covid-19, la BEI avait attribué en 2021 plus de 50% du total de ses prêts à la transition climatique, « soit quatre ans plus tôt que le calendrier prévu ».
La BEI a également adopté un cadre qui contribuera à aligner ses contreparties sur l'Accord de Paris sur le climat dans le but de travailler avec les emprunteurs et les bénéficiaires pour qu'ils adaptent leur stratégie de lutte contre le changement climatique.
« Cela signifie, par exemple, que nous ne financerons pas un parc éolien d'une entreprise très polluante, si celle-ci ne s'engage pas de manière crédible à supprimer progressivement ses activités polluantes dans le même temps », a illustré M. Hoyer.
Sur les 95 milliards d'euros de financement octroyés en 2021 (77 milliards en 2020), près d'un quart du total a été dédié à la réponse économique à la pandémie. Notamment, doté de 24,4 milliards d'euros, le fonds paneuropéen de garantie mis sur pied en 2020 (EUROPE 12640/4) a été réparti dans 400 opérations dans 22 États membres et devrait être en mesure de mobiliser environ 175 milliards d'euros d'investissements.
Voir le rapport annuel d'activité de la BEI : https://bit.ly/3s2BMsa (Mathieu Bion)