Les élus des groupes politiques de gauche siégeant à la commission des libertés civiles du Parlement européen ont critiqué, jeudi 2 septembre, les priorités du ministre slovène de l’Intérieur, Aleš Hojs, jugées trop sécuritaires, notamment vis-à-vis du peuple afghan qui pourrait avoir besoin de trouver refuge dans l’UE.
Le groupe PPE, par la voix du Néerlandais Jeroen Lenaers, a aussi émis des doutes quant à la volonté et à la capacité de la Présidence slovène du Conseil de l'UE d’avancer sur le Pacte 'asile et migration'. Le député a déploré que les travaux sur le Pacte n’aient même pas été mentionnés dans la déclaration du 31 août des ministres de l’Intérieur de l’UE sur l’Afghanistan (EUROPE 12780/1).
Le ministre slovène a défini trois grandes priorités. Tout d'abord, un espace Schengen de libre circulation fonctionnel avec un recours aux contrôles aux frontières intérieures limité au maximum à des cas très spécifiques, la norme devant être d’éliminer progressivement ces contrôles. La réforme, en novembre, du Code Schengen sera en ce sens un moment important, M. Hojs espérant que « les vues des États membres » seront bien prises en compte.
Deuxième priorité : la « gestion globale des migrations ». Le ministre slovène espère que des avancées sur le règlement 'Eurodac' seront possibles après que la nouvelle Agence européenne de l’asile a fait l’objet, en juin, d’un accord politique (EUROPE 12751/14).
Mais M. Hojs n’a pas fait mystère du peu d’attentes qu’il nourrit sur le Pacte. Le Pacte « ne sera pas adopté sous notre Présidence » et « il faut trouver une façon de faire avancer les choses », a-t-il dit.
Mardi 31 août, le ministre avait indiqué ne pas voir de progrès possibles « pendant les 3 ou 4 prochains mois », en raison des événements inattendus en Afghanistan qui occupent l’attention (EUROPE 12780/1).
Le ministre a d’ailleurs défendu son choix de ne pas « mélanger actualité et Pacte ». Il sera d’ailleurs d’autant plus difficile de trouver des compromis sur le Pacte que « certains pays poussent pour de l’accueil », notamment dans le cadre des événements en Afghanistan, cette démarche n’étant pas paratgée par tous les États membres.
M. Hojs aimerait, en revanche, parler de la directive ‘retours’ révisée. Le texte législatif a fait l’objet d’un accord au Conseil de l’UE, alors que le PE doit formuler sa position pour « entamer les négociations » interinstitutionnelles même s’« il est possible que cela ne se produise pas sous notre Présidence ».
Enfin, la troisième priorité de la Présidence slovène sera la sécurité des citoyens dans l’UE avec la lutte contre le terrorisme, via notamment un nouveau mandat pour Europol et un nouveau code de coopération policière.
Les élus n’ont pas trouvé leur compte dans ces priorités resserrées, qui accordent aussi une large place aux Balkans occidentaux. Ainsi, l’Allemande Birgit Sippel (S&D) a eu « du mal à rester calme ». Un tel discours n’évoquant pas les droits fondamentaux, mais la seule sécurité correspond-il bien à l’UE ?, s'est-elle demandée.
Plus tard, le ministre slovène a expliqué que les citoyens de l’UE ne sont plus prêts à accueillir des réfugiés, comme par le passé. Et une conférence de haut niveau sur les réinstallations de réfugiés afghans aura de toute façon lieu prochainement, a-t-il fait valoir. (Solenn Paulic)