Les ministres européens de la Défense, réunis à Kranj (Slovénie) jeudi 2 septembre, ont souligné leur volonté de renforcer la défense européenne, alors que les Européens ont été dépendants des Américains pour la sécurisation de l'aéroport de Kaboul d'où étaient évacués leurs ressortissants et aides afghans. Selon le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, les États membres ont évacué 17 500 personnes.
« Je pense qu'il est clair que la nécessité d'une plus grande 'défense européenne' n'a jamais été aussi évidente qu'aujourd'hui, après les événements d'Afghanistan », a affirmé M. Borrell.
« Nous avons vu en Afghanistan que nous ne sommes pas aussi avancés que nous l'imaginions s'agissant de nos propres capacités. Nous étions dépendants des Américains. Et aujourd'hui (jeudi), il s'agira de tirer les bonnes conclusions. Parce que l'Afghanistan est une fin amère, une défaite difficile », a souligné la ministre allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer, à son arrivée à la réunion. Pour son homologue slovène, Matej Tonin (EUROPE 12781/1), l’Afghanistan a montré que « l’UE n’a pas les capacités d’opérer dans un théâtre (d’opération) compliqué ».
À l’issue de la rencontre des ministres, le Haut Représentant a expliqué que, parmi les leçons apprises, figure celle que le manque d’autonomie stratégique a un prix. « Nous devons augmenter nos capacités pour être capables d’agir de manière autonome quand et/ou cela est nécessaire », a estimé M. Borrell. « La seule façon d’avancer est de combiner nos forces et de renforcer non seulement nos capacités, mais aussi notre volonté d’agir », a-t-il ajouté.
Selon lui, il est nécessaire d’augmenter le niveau de préparation, à travers des entraînements et des exercices communs, et d’établir de nouveaux outils, tels que la force de première entrée, qui aurait permis aux Européens « de fournir un périmètre de sécurité pour l’évacuation des citoyens européens à Kaboul ».
Interrogé sur la mise en place d’une force de première entrée alors que les groupements tactiques (battle groups) n’ont jamais été utilisés, M. Borrell a expliqué qu’il s’agissait de deux choses différentes. Il a plaidé pour quelque chose de « plus prêt à être activé, de plus opérationnel », « plus cohérent et bien organisé » que les groupements tactiques qui sont faits sur une base nationale.
Le ministre slovène de la Défense, M. Tonin, a estimé qu'une telle force pourrait compter entre 5 000 et 20 000 hommes.
« Nous avons l’argent (via le Fonds européen de défense), si nous avons la volonté de créer les capacités nécessaires pour fonctionner de manière autonome, aussi dans des régions compliquées ; ce serait un pas en avant », a-t-il expliqué.
Selon le ministre slovène, « beaucoup de ministres ont dit qu’il fallait des changements et des ministres ont fait des propositions pour changer les mécanismes pour permettre une intervention plus rapide ». Selon lui, si les mécanismes existent, ils sont trop compliqués pour envoyer des soldats à l'étranger.
Plusieurs États membres, dont l’Allemagne, auraient mentionné, lors de la discussion, l’article 44 du TUE, qui permet à un groupe d'États membres qui le souhaitent et disposent des capacités nécessaires de mettre en œuvre une mission de l'UE (groupe d'avant-garde). Tout en précisant qu’il allait explorer cette possibilité, le Haut Représentant a rappelé qu'une telle décision nécessitait une décision à l’unanimité, même si tous les États membres ne devaient pas la mettre en œuvre.
Pour contourner cette difficulté, M. Tonin a estimé qu’il faudrait peut-être abandonner l'unanimité pour la majorité, et que les pays qui souhaitent s’engager le fassent, sans qu’il y ait d’obligation pour tous de participer. (Camille-Cerise Gessant avec Agathe Cherki)