L'heure est au fatalisme parmi les députés de la Commission du commerce international (INTA) du Parlement européen. Ceux-ci ont adressé, jeudi 2 septembre, une série de questions à quatre experts à propos de la réforme de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et les possibles moyens de la concrétiser.
Nombreux d'entre eux s'inquiètent des obstacles actuels sur plusieurs dossiers, que ce soit sur les subventions aux entreprises dans les domaines de la pêche ou de l'industrie ou du blocage de l'organe d'appel de l'OMC. Inma Rodríguez-Piñero (S&D, espagnole) s'inquiète, entre autres, du manque de volonté de certains membres de l'OMC. « Comment faire en sorte que la Chine assume ses responsabilités et suive les règles ? », a-t-elle questionné.
À ce propos, les quatre experts présents lors de cet échange ont proposé des pistes qui ont retenu l'attention de certains élus.
Jürgen Matthes, de l'Institut de recherche économique de Cologne, a proposé un partenariat plurilatéral régional composé de « pays de bonne volonté » comme alternative à l'OMC, en guise d'avertissement à la Chine afin qu'elle se plie aux règles internationales. « Un autre objectif de cette approche serait de représenter davantage l'UE dans la région indo-pacifique et de coopérer avec les États-Unis à propos de la Chine. [...] Cela représenterait également une sortie de secours dans le cas où la Chine ne voudrait pas avancer. Cela deviendrait une alternative à l'OMC, en dernier recours », a-t-il exposé.
Certains membres de la commission INTA ne se sont pas montrés fermés à cette option. C'est le cas de Christophe Hansen (PPE, luxembourgeois) et de Markus Buchheit (ID, allemand). D'autres groupes ont exprimé de la curiosité pour cette proposition ainsi que pour les autres interventions.
Négocier différemment
Pour le professeur et fondateur de la dotation St Gallen pour la prospérité par le commerce, Simon Evenett, cette approche qui consiste à mettre en jeu l'OMC est dangereuse. Selon lui, le travail pour arriver à des changements doit désormais se faire au niveau national plutôt que dans le cadre de discussions à l'OMC entre diplomates. « J'aimerais que l'on puisse accomplir bien plus lors de la 12e conférence ministérielle à l'OMC en novembre, mais je pense que nous n'aurons que de maigres avancées », a-t-il prévenu. Ce qui ne signifie pas, pour lui, qu'il faut abandonner l'OMC, mais plutôt changer de tactique en vue de la réforme.
Lors d'une conférence en ligne organisée par l'institut Bruegel jeudi 2 septembre, la directrice générale de l'OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a rappelé sa vision quant aux résultats à attendre de la 12e conférence ministérielle : « De manière réaliste, on essaie de se concentrer sur un nombre restreint de sujets et non pas d'adopter une approche 'fourre-tout'. J'attends des résultats dans 3 secteurs : les subventions à la pêche, le commerce et la santé, et enfin, peut-être, sur l'agriculture », a-t-elle déclaré.
La Commission européenne est aussi consciente que peu de résultats concrets sont à espérer d'ici la fin de l'année. Elle est toutefois convaincue que la 12e conférence ministérielle est un élément clé pour remettre l'OMC sur pied.
Antonio Fernandez-Martos, chef d'unité pour les affaires multilatérales et l'OMC à la DG Commerce de la Commission européenne, a indiqué, à propos du problème de l'organe d'appel, que les États-Unis n'avaient pas encore apporté d'indications concrètes quant à la résolution de ce blocage.
Quant à la Chine et au problème des subventions, il faut continuer les discussions, selon lui. Il estime que les outils de défense commerciale de l'UE ainsi qu'une coopération accrue avec les États-Unis sont des incitations qui pourraient finalement diriger la Chine du bon côté.
Enfin, l'OMC devrait se pencher sur le climat, jusqu'ici peu abordé, d'après Pamela Coke-Hamilton, du Centre du commerce international. « Le changement climatique ne figure pas formellement à l'agenda de l'OMC. Cela doit changer », a-t-elle affirmé. Plusieurs élus sont allés dans le même sens. (Léa Marchal)