login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12782
SÉCURITÉ - DÉFENSE / DÉfense

« L’Europe ne peut plus se contenter d’être un 'soft power' », estime le général Peter Devogelaere, à la tête de l'Eurocorps

« La stabilisation du Sahel est un enjeu pour l’Europe » et « elle va faire évoluer ses missions au Mali », affirme le lieutenant général belge Peter Devogelaere, qui a pris le commandement de l’Eurocorps, jeudi 2 septembre à Strasbourg. Il succède au général de corps d’armée français Laurent Kolodziej, pour un mandat de deux ans prévu dans le cadre d’une rotation instaurée entre l’Allemagne, l’Espagne, la France et la Belgique, qui sont les quatre principaux pays contributeurs au corps de réaction rapide européen (propos recueillis par Véronique Leblanc).

Agence Europe - Quel est le rôle de l’Eurocorps et quels en sont les effectifs ?

Général Devogelaere - Créé en 1992, l’Eurocorps est un État-major multinational constituant une structure de commandement permanente et opérationnelle, capable de se déployer sur un très court préavis, tant au profit de l’Union européenne que de l’OTAN.

Il regroupe cinq 'nations cadre' - l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France et le Luxembourg - six 'nations associées' - la Grèce, la Turquie, l’Italie, la Roumanie, la Pologne et, depuis juin dernier, l’Autriche. Il compte un millier de militaires. Engagé dans son ensemble, il peut commander jusqu’à 60 000 hommes des forces terrestres.

Quels sont vos objectifs à la tête de l’Eurocorps ?

L’un des principaux est la préparation d’une accréditation OTAN attestant qu’en cas d’alerte, l’Eurocorps est pleinement opérationnel. Ces évaluations cycliques sont essentielles dans un monde où il faut réagir immédiatement à des risques stratégiques de plus en plus dispersés qu’ils soient militaires, terroristes, climatiques ou sanitaires.

Notre accord bilatéral avec l’Union européenne est un autre volet essentiel de nos missions. L’Eurocorps intervient en appui des États-majors européens affectés aux missions EUTM Mali (depuis 2015) et Centrafrique (depuis 2016). Une rotation partira vers Bangui ce vendredi et une autre la relaiera à partir de février 2022.

Au regard de votre expérience sur le terrain, notamment au Mali et en Afghanistan - où l’armée de ce pays s’est effondrée bien que 'formée' par les Occidentaux -, pensez-vous que ces missions européennes aient un sens ?

Au Mali et en Centrafrique, l’Union européenne est intervenue à la demande des gouvernements locaux.

Pour l’Afghanistan, c’est autre chose, les États-Unis ont agi dans le cadre d’une 'invasion' visant les têtes d’Al Qaida. Leur mission a pris ensuite un autre cours et a intégré – surtout à Kaboul – le développement de la société afghane. Aujourd’hui, les Talibans vont devoir travailler avec une société qui a connu 20 ans d’interactions avec l’Occident.

Les missions européennes au Mali et en Centrafrique, quant à elles, font partie d’une approche globale de l’Union européenne qui inclut l’aide au développement et l’appui à la bonne gouvernance. L’Eurocorps fait sa part dans cette stabilisation du Sahel qui est un enjeu européen. Tout dépendra de la façon dont la population et les dirigeants évolueront.

Par ailleurs, au Mali, l’Europe va évoluer sur ces missions. La formation devrait être accompagnée d’un accompagnement non exécutif sur le terrain, une forme de coaching qui donnera un plus aux opérations de l’armée malienne.

Pensez-vous que l’Europe se donne des moyens à la hauteur de ses enjeux stratégiques ?

Elle n’est pas encore en capacité de mener des opérations comme les Américains peuvent le faire, mais des choses sont en cours et les fonds débloqués pour les missions EUTM nous permettront d’être plus performants sur le terrain.

L’Europe ne peut plus se contenter d’être un 'soft power'. L’approche 'hardware' est nécessaire dans un monde devenu sans aucun doute plus dangereux.

À quelle échéance est prévue l’intégration de la Pologne en tant que 'nation cadre' ?

Le processus est en cours et les nations sont en train de négocier au sein du Comité commun [où siègent le chef d’État-major des armées et le directeur politique du ministère des Affaires étrangères des pays membres de l’Eurocorps ndlr]. Je pense que le processus pourrait aboutir à moyen terme.

Sommaire

SÉCURITÉ - DÉFENSE
ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
COUR DE JUSTICE DE L'UE
RÉPONSE EUROPÉENNE À LA COVID-19
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
SOCIAL - EMPLOI
INSTITUTIONNEL
BRÈVES