La désinformation dans l’UE est bien « sous surveillance, mais pas sous contrôle», a indiqué la Cour des comptes européenne, jeudi 3 juin, à l’issue d’un mois d’audit consacré au plan d’action européen contre la désinformation (EUROPE 12153/8).
Bien que ce plan ait permis des progrès, le bilan demeure mitigé. Un constat que l'institution impute notamment à l'absence de mise à jour du plan, depuis 2018, face à l’évolution constante des tactiques, des acteurs et des technologies de la désinformation.
Par ailleurs, le rapport fait état de dispositions incomplètes et pointe notamment l’absence de mesures permettant de garantir que toute réponse de l’UE face à la désinformation soit bien coordonnée.
Sur ce point, la Cour constate, par exemple, que le système d’alerte rapide (SAR) introduit par le plan a permis de faciliter le partage d’informations entre les Vingt-sept, mais n’a jamais émis d’alertes « et n’a donc pas été utilisé pour coordonner une attribution commune de faits de désinformation à leur source ou la réponse à leur apporter, comme cela était prévu au départ ».
Plusieurs autres dispositions jugées positives ont toutefois révélé d’importantes lacunes. C’est le cas notamment des trois Task Forces du Service européen pour l'action extérieure : la Cour estime qu’elles ont permis d’améliorer la capacité de l’UE à réagir à la désinformation, mais regrette qu’elles ne soient pas suffisamment évaluées ni dotées de ressources financières plus importantes.
De même, si l'institution considère le Code de bonnes pratiques contre la désinformation comme un « cadre novateur », elle rappelle qu’il n’a pas rempli son objectif de contraindre les plateformes en lignes à rendre compte de leurs actions contre la désinformation. Le problème avait également été constaté par la Commission européenne, qui travaille à une remise à niveau du texte (EUROPE 12727/12).
Le rapport émet en outre un avis mitigé sur le projet EUvsDisinfo (EUROPE 12450/13). « Le fait qu'il soit hébergé par le Service européen pour l'action extérieure soulève certaines questions concernant son indépendance et son objectif ultime, étant donné qu'il pourrait être perçu comme représentant la position officielle de l'UE », constate la Cour.
L'institution pointe également l’absence d’une stratégie d’éducation aux médias tenant compte de la lutte contre la désinformation.
Par ailleurs, elle appelle la Commission à prendre des mesures pour que son Observatoire européen des médias numériques – lancé il y a un an (EUROPE 12498/11) – puisse remplir ses objectifs. Car ce projet, doté d’un montant de 2,5 millions d'euros, n’a pas « suscité d'intérêt chez les experts en éducation aux médias et les vérificateurs de faits », indique le rapport.
Malgré une mise en œuvre « globalement bonne » – de cette mesure et de plusieurs autres – certains résultats escomptés n'ont donc pas été au rendez-vous, conclue la Cour, épinglant, par ailleurs, le manque de suivi et d'évaluation de l'application de ce plan.
Pour consulter le rapport dans son intégralité : https://bit.ly/3g4ovsZ (Agathe Cherki)