Le commissaire à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit, a insisté sur l’importance du Sommet de Porto de mai prochain pour renouveler le « contrat social » européen en lien avec le plan d’action sur le socle européen des droits sociaux, lors d’un échange organisé par le Comité économique et social européen (CESE), mardi 26 janvier.
« Le Sommet de Porto sera une réunion importante pour lancer les travaux pour un nouveau contrat social afin de reconstruire notre système et de répondre aux défis actuels », a-t-il lancé, insistant sur la nécessité d’éviter le tout législatif au profit d'une approche équilibrée entre « soft et hard power ».
Pour lui, le chantier européen se joue sur de nombreux fronts. Tout d’abord, il faut améliorer la distribution de la richesse, et notamment lutter contre la stagnation des salaires. « Les marchés boursiers explosent et les salaires stagnent », a-t-il constaté. Renforcer les salaires ne pourra se faire qu’avec le renforcement des négociations collectives, selon lui.
Il faut en outre relancer les investissements dans les services sociaux, a-t-il lancé, dénonçant les mesures d’austérité prises par le passé. « Nous avons appauvri nos services sociaux » a-t-il regretté, constatant à quel point la pandémie de Covid-19 a montré les incuries des secteurs de santé nationaux, car sous-dotés. Selon lui, l'autre front qui doit s’ouvrir est celui de l'égalité des chances en Europe. La garantie pour l’enfance (Child Guarantee) devrait, sur ce plan, jouer un rôle d’importance à ses yeux. Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité de démocratiser le processus décisionnel en l’ouvrant encore plus au dialogue social. « Nous devons passer d'une économie d'actionnaires à une économie d'acteurs ».
Travailleurs de plateformes et droit à la déconnexion
Durant les échanges, le commissaire a laissé entendre qu’il pourrait y avoir un « instrument juridique » pour les travailleurs de plateformes (EUROPE 12615/3). En outre, il a glissé qu’il y aurait « peut-être » besoin d’avoir d'un cadre règlementaire sur le droit à la déconnexion, réclamé par le Parlement européen dans un rapport d’initiative législative (EUROPE 12641/4).
Cahier de doléances
Lors des échanges, Oliver Röpke, membre du groupe des travailleurs au CESE, a mis pour sa part l’accent sur la nécessité de doter l’Union de normes minimales dans le domaine des prestations de chômage. La présidente du groupe S&D au PE, l’Espagnole Iratxe García Pérez, a insisté, de son côté, sur l’importance de revoir les règles budgétaires et les aides d’État. Aux yeux de la sociale-démocrate, il ne faut surtout pas revenir au statu quo d'avant la crise. Enfin, l’autre bataille à mener, d’après elle, est celle du logement.
Pas de Göteborg II
Miguel Cabrita, ministre adjoint portugais au Travail et à la Formation professionnelle, prenant la parole au nom de la Présidence du Conseil de l'UE, a assuré que le Sommet de Porto ne sera pas un deuxième Göteborg. « Nous n'allons pas nous contenter d'une discussion sur les principes ; notre idée est qu'il existe un lien concret entre le plan de mise en œuvre et le pilier social afin d'avoir le volet social de la relance ».
De l’avis de tous les intervenants, au contraire de la crise financière survenue il y a 10 ans, l’Union européenne et les États membres disposent, cette fois-ci, de ressources financières importantes dans le cadre du Plan de relance pour l’Europe Next Generation EU. Reste à savoir à quels objectifs ces fonds seront assignés. Ici, Mme García Pérez a regretté qu’il n’y ait aucun objectif social chiffré pour flécher les fonds, là où il en existe pour les investissements numériques ou climatiques. (Pascal Hansens)