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Bulletin Quotidien Europe N° 12602
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CONSEIL DE L'EUROPE / MÉdia

Pour Patrick Penninckx, chef du service 'Société de l'information' du Conseil de l'Europe, « le monde des médias est devenu une jungle »

Entré au Conseil de l'Europe il y a trente ans, le Belge Patrick Penninckx y dirige le service 'Société de l'information promouvant la démocratie, l'État de droit et les droits de l'homme' depuis 2014. En décembre, il pourrait succéder au Français Harlem Désir en tant que représentant pour la liberté des médias au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) (Propos recueillis par Véronique Leblanc).

 

Agence Europe - La pandémie de Covid-19 a mis à mal la liberté des médias en Europe, comme le soulignait la Commissaire aux Droits de l'homme dès avril dernier. Quelles ont été les actions du Conseil de l'Europe pour y faire face ?

Patrick Penninckx - Certains États ont prôné la transparence dans cette crise sur laquelle planaient beaucoup d'incertitudes ; d'autres ont fait le contraire, mais sans plus de succès, car ils ont accentué la méfiance des citoyens. Se prémunir contre la désinformation ne doit servir ni à diaboliser les journalistes ni à les contrôler indûment comme ça a été le cas en Hongrie, en Serbie ou en Espagne où, lors des conférences de presse, les questions devaient être soumises à l'avance pour être présélectionnées (pratique abandonnée en Espagne et en Hongrie).

Nous prônons un discours clair qui n'infantilise pas et qui permet une information fiable. C'est ce qui a été rappelé dans la 'Boîte à outils pour le respect de la démocratie, l'État de droit et les droits de l'homme en temps de pandémie' envoyée par la Secrétaire générale du Conseil de l'Europe dès le mois d'avril.

Il faut aussi signaler que cette crise n'a pas eu que des effets négatifs. Elle a entamé la confiance envers les réseaux sociaux et provoqué un retour aux médias traditionnels. Cela a été constaté en Allemagne et en Angleterre, où on a également noté beaucoup plus d'interactions entre public et journalistes.

 

La lutte contre le discours de haine sur Internet est aussi un des chevaux de bataille du Conseil de l'Europe...

Avec deux axes majeurs : notre combat contre les discriminations et notre défense de la liberté d'expression assortie de responsabilités telle que la fonde l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. C'est moins simple qu'il n'y paraît, car il faut tenir compte du contexte. Ce qui ressort de la liberté d'expression pour les uns peut relever du discours de haine pour les autres. S'en remettre à l'automatisme de l'intelligence artificielle peut donc devenir arbitraire, surtout si - comme le veulent la France et l'Allemagne - ce rôle est transmis du judiciaire aux plateformes Internet, c'est-à-dire au privé.

 

Avez-vous été sollicité dans le cadre du Digital Services Act que va présenter la Commission européenne en décembre ?

Nous sommes pleinement impliqués. Le Conseil de l'Europe a une expertise reconnue dans l'élaboration de standards et son partenariat avec l'Union européenne est très important pour tout ce qui relève de l'État de droit, tant dans le domaine des médias qu'en matière de cybercriminalité ou de droit constitutionnel, via la Commission de Venise.

Dès que le phénomène des 'fake news' a pris de l'ampleur, il y a quatre ans, nous avons distingué la « désinformation » (informations fausses ou vraies diffusées pour nuire) et la « mauvaise information » (informations erronées diffusées par erreur sans volonté de nuire). Les 'fake news' sont des informations fausses diffusées pour nuire et l'Union européenne a pu développer une stratégie sur cette base, à savoir : un travail réglementaire et un site baptisé FactCheckEU qui regroupe 19 partenaires de 13 pays.

 

Ce qui n'a pas empêché le phénomène de prendre de l'ampleur…

C'est vrai : les 'fake news' sont devenues un genre d'écriture, y compris journalistique, tout en devenant un qualificatif utilisé pour disqualifier un adversaire. La notion de « réalité alternative » a été inventée par Donald Trump en tant que discours politique ancré dans une tradition populiste qui joue sur la crainte, l'incertitude… La désinformation est devenue un marché qui s'achète sur le Darknet, comme le confirme un rapport d'Europol. C'est dramatique.

 

Comment y faire face ?

Mon approche, qui est celle du Conseil de l'Europe, est de prendre chaque pays là où il en est, d'avancer pas à pas. Sans donner de leçons, ce que l'Union européenne a tendance à faire. Il faut se frayer un chemin dans ce qui est devenu une jungle et garder nos valeurs comme boussole.

La coordination des expertises et stratégies au sein de l'écosystème que représentent le Représentant spécial des Nations Unies, l'UNESCO, l'Union européenne, le Conseil de l'Europe et l'OSCE - qui a la voix politique en la matière - sera essentielle. Il est urgent que le poste de Représentant pour la liberté des médias de l'OSCE, vacant depuis l'été, soit pourvu et directement opérationnel. 

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