L’Amiral Hervé Bléjean, nouveau directeur général de l’état-major de l’UE (EMUE), commandant des opérations et directeur de la capacité militaire de planification et de conduite (MPCC), a plaidé, lundi 16 novembre, pour la mise en place de la 'Facilité européenne pour la paix'.
« De mon point de vue militaire, la 'Facilité européenne pour la paix' est exactement l’instrument qu’il nous faut. Cela permettrait d’élargir un peu le champ du financement commun des missions, mais surtout d’aider de façon plus concrète les forces que nous soutenons », a-t-il expliqué aux députés de la sous-commission ‘Sécurité et Défense’ du Parlement européen.
« Si on refuse de fournir les armes à ceux que nous formons, d’autres s’en chargent. Une armée chargée d’assurer la sécurité des citoyens sans armement, car nous avons des scrupules idéologiques, cela n’a pas de sens », a prévenu l'Amiral Bléjean. Ainsi, selon lui, l’armée centrafricaine manque de tout, « y compris des armements basiques et des munitions », et la fourniture d’armement est la raison principale de la présence des Russes sur place. « Ils sont venus livrer ce que nous avons été incapables de fournir », a expliqué le directeur de l'EMUE.
Le nouveau directeur de la MPCC, qui a pris ses fonctions le 1er juillet, est aussi revenu sur la situation de l'organisation qu'il dirige. Bien qu'ayant « validé sa place en tant que capacité militaire de commandement et de contrôle au niveau militaro-stratégique et ayant apporté une valeur ajoutée à la gestion militaire des crises de l’UE, dans le cadre d’un effort plus large visant à renforcer le rôle de l’UE en tant que fournisseur de securité civilo-militaire », la MPCC manque de personnel. « Nous ne sommes pas au rendez-vous, on continue de souffrir de sous-effectif », a-t-il regretté.
La structure permanente ne dispose que de 60 personnes (dont 26 femmes) et, selon l’amiral, il en manque 14, « soit 1/4 » de l'effectif souhaitable. En comparaison, selon lui, les Alliés ont accepté d’augmenter la structure permanente de commandement de l’OTAN de 1 200 personnes. Il s'est donc étonné que les États membres de l'UE, pour la plupart également membres de l'OTAN, ne soient pas capables de fournir ces 14 personnes, soit 1% des 1 200 agréés pour l'OTAN. Et, sans vouloir mésestimer les difficultés en ressources humaines, « il faut être sérieux pour concilier discours et réalité », a-t-il prévenu. La crise de la Covid n’arrange rien, avec un personnel présent sur place à 10%.
De même, sur le terrain, la mission EUTM Somalie manque cruellement de personnel. Après la dernière génération de force en juin 2020, il manque toujours 30% de l'effectif.
Si les trois missions EUTM avaient été réduites en activité (EUROPE 12469/21) en raison de la Covid-19, les missions EUTM RCA et Somalie ont été relancées et sont à leur pleine capacité, et l'EUTM Mali devrait l’être, selon l’Amiral, début décembre, car la reprise a été ralentie par le coup d’État du 18 août (EUROPE 12546/3). (Camille-Cerise Gessant)