Quelques heures avant un sommet européen portant notamment sur la pandémie et alors que la plupart des États membres réintroduisent des mesures de restriction, la Commission européenne a présenté, jeudi 15 octobre, une communication visant à accompagner le déploiement et la distribution de futurs vaccins contre la Covid-19.
Il s'agit de compléter la stratégie européenne de juin sur la vaccination, qui chargeait la Commission de conclure des contrats avec l'industrie pharmaceutique afin de s'assurer un accès à leurs vaccins arrivés au bout des essais cliniques (EUROPE 12508/4).
« Contrairement à ce qui s'est passé pour la première vague, nous avons maintenant un cadre en vigueur. Nous posons aujourd'hui un jalon important dans ce processus. Mais il s'agit d'une pièce du puzzle que constitue la réponse européenne à la Covid », a déclaré le vice-président de la Commission, Margarítis Schinás.
Le maître-mot : anticipation
La communication encourage les États membres à agir dès maintenant pour être prêts dès qu'un vaccin contre la Covid-19 sera commercialisé sur le marché européen. Quand cela pourrait-il être ? « Je ne veux pas spéculer, toute prédiction à ce stade serait risquée. Nous pourrions peut-être avoir un premier vaccin d'ici l'année prochaine », a indiqué la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides.
Le document appelle les États membres à soigner dès à présent leur communication afin de lutter contre l'hésitation face au vaccin et à mettre tout en place pour « une livraison et une distribution de vaccins ordonnées, endéans un certain laps de temps et en ligne avec une situation épidémiologique très changeante ».
Il exhorte les États membres à renforcer leurs services de vaccination au cours des deux prochains mois : pour la force de travail, ils pourraient déjà former et recruter du personnel, quitte à aller chercher des étudiants ou des retraités. Pour les équipements, il faut identifier les goulets d'étranglement dans la chaîne de production, utiliser les procédures d'achat en commun de l'UE et le potentiel de RescEU.
Identifier les groupes prioritaires
La communication insiste sur le fait que l'accès aux doses sera, dans un premier temps, limité : les contrats déjà conclus avec AstraZeneca, Johnson&Johnson ainsi que Sanofi-GSK prévoient en effet que tous les États membres aient accès au même nombre de doses en même temps, en fonction de leur population (sauf accord contraire des autres États membres).
Partant, la Commission encourage les États membres à identifier des groupes prioritaires. « Ces décisions doivent être basées sur deux critères : protéger le plus d'individus et de groupes vulnérables et ralentir, voire stopper la diffusion de la maladie », indique le document, qui identifie, à titre indicatif, les soignants, les personnes de plus de 60 ans, les populations vulnérables, les travailleurs essentiels hors du secteur de la santé (comme les professeurs, le secteur de l'alimentation, etc.), les travailleurs qui ne peuvent pas faire du télétravail, etc.
La communication insiste aussi sur l'importance d'assurer que les futurs vaccins soient accessibles aux groupes cibles, tant en termes de prix qu'en termes de proximité physique. Elle rappelle la possibilité de recourir à des flexibilités réglementaires, notamment en matière d'étiquetage et d'emballage pour une période limitée (par exemple, une notice uniquement disponible en anglais au début), afin de ne pas freiner le déploiement.
Le sujet porté au Sommet européen
Lors de son intervention, Margarítis Schinás s'est félicité que la pandémie de Covid-19 fasse l'objet d'une discussion au plus haut niveau de pouvoir.
Il faut dire que la situation est particulièrement alarmante en Europe, qui enregistre, depuis trois mois, une augmentation ininterrompue du nombre de cas, qui peut, selon un fonctionnaire européen, s'expliquer par le relâchement des mesures prises au plus fort de la première vague. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, elle-même a dû quitter le sommet qui avait à peine commencé, « par précaution », pour se mettre à l'isolement, après avoir été informée qu'un membre de son équipe a été testé positif à la Covid-19 plus tôt dans la journée.
En plus du reste, le dernier projet de conclusions des Vingt-sept fait cette fois référence au besoin de coordination pour les stratégies de dépistage et pour les restrictions temporaires pour les voyages non essentiels vers l'UE (EUROPE 12581/2).
Voir la communication : https://bit.ly/37mnY31 et le projet de conclusions du sommet : https://bit.ly/34YIIed (Sophie Petitjean)