Réunis en session plénière, les eurodéputés ont tenu un débat sur la 'loi climat', mardi 6 octobre, quelques heures avant une session de votes qui déterminera la position du Parlement européen sur ce dossier. Sans surprise, le futur objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2030 a été au cœur des interventions des parlementaires. `
« Pour être en phase avec la science et donner à l’Europe les meilleures possibilités d’atteindre son objectif de neutralité climatique (d’ici 2050) et de respecter l’accord de Paris, nous devons nous fixer un objectif plus élevé pour 2030 », a notamment déclaré Mme Guteland (S&D, suédoise), rapporteur du Parlement sur la 'loi climat', tout en rappelant que son projet de rapport amendé suggère une réduction de 60% (EUROPE 12557/1).
Elle a ensuite critiqué la proposition de la Commission d’une réduction nette (avec prise en compte des puits de carbone) des émissions de l’UE d’au moins 55%, au motif que cela « signifie une réduction réelle comprise entre 51 et 53% » (EUROPE 12562/1 et EUROPE 12569/9).
Une critique partagée par Silvia Modig (GUE/NGL, finlandaise), selon qui l’ambition affichée par la Commission « est bien en deçà des recommandations scientifiques ».
Abondant dans leur sens, Michael Bloss (Verts/ALE, allemand) a appelé ses collègues à « écouter la science » et à « donner de l’espoir aux générations futures », en rappelant que son groupe défend un objectif rehaussé à 65%, à l’instar de ce que proposait initialement Mme Guteland.
Du côté du PPE, Peter Liese (allemand) a en revanche salué la proposition de la Commission.
Selon lui, l’objectif de 60% prévu dans le projet de rapport amendé de Mme Guteland n’est qu’une « tactique » politique en vue des négociations interinstitutionnelles ('trilogues') au cours desquelles cet objectif sera raboté pour trouver un compromis avec les États membres.
Un argument incompréhensible pour Pascal Canfin (Renew Europe, français), qui a estimé que le Parlement devait « faire de la politique, faire de la tactique », « si nous voulons vraiment avoir -55% comme point d’arrivée final de la négociation avec les États membres ».
Il a ensuite appelé ses collègues à voter en faveur d’une réduction de 60%, un objectif à la fois ambitieux et susceptible de recevoir le vote d’une majorité d’eurodéputés, selon lui.
La Polonaise Anna Zalewska (CRE), pour sa part, a exhorté le Parlement et la Commission à « se baser sur les faits » en n’omettant pas de prendre en compte les conséquences à court terme d’un rehaussement de l’ambition à -55% ou -60%, notamment sur les prix de l’énergie.
Réagissant à ces interventions, le vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert européen, Frans Timmermans, a admis qu’une réduction des émissions de 55% d’ici 2030 sera « sacrément difficile à atteindre ».
Néanmoins, notre étude d’impact (EUROPE 12562/1) a également montré que c’est « faisable », a-t-il ensuite ajouté.
Il a en outre défendu l’approche de la Commission par rapport aux puits naturels de carbone (forêts…), au motif que ces puits ont eu tendance à diminuer au cours des dernières années, les transformant en émetteurs nets de CO2 et mettant en danger la biodiversité, en particulier les pollinisateurs.
« Dans ce contexte, je pense qu’il est sage d’inclure les puits de carbone dans notre objectif et de veiller à améliorer la santé de notre environnement naturel », a-t-il ainsi lancé aux eurodéputés.
Un vote incertain
À l’heure où nous mettions sous presse, les résultats des votes sur les amendements au projet de rapport de Mme Guteland relatif à la 'loi climat' n’étaient pas encore connus.
Il est néanmoins certain que les propositions de réduction de 70% (GUE/NGL) et 65% (Verts/ALE) seront rejetées ainsi que l’amendement du groupe ID visant à rejeter la 'loi climat'.
Selon nos informations, les Verts/ALE, la GUE/NGL et une large majorité des groupes S&D et Renew Europe voteront en faveur d’une réduction de 60%. Les groupes PPE, ID et CRE y étant opposés, le vote pourrait se jouer à une dizaine de voix de différence.
Si cette proposition est rejetée, une majorité d’eurodéputés devraient alors voter en faveur d’une réduction d’au moins 55%. (Damien Genicot)