La Commission européenne a présenté, jeudi 17 septembre, les résultats de son étude d’impact visant à analyser la faisabilité d’une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Union européenne d’ici 2030 (par rapport au niveau de 1990), ainsi que son plan climat 2030.
Plus précisément, cette analyse a comparé l’impact d’une réduction de 50 à 55% des émissions de GES (l’objectif actuel est une réduction de 40%), sur base de différents scénarios dépendant essentiellement de deux variables : le degré d’augmentation de l’ambition des politiques climatiques de l’UE et le degré de renforcement du système d’échange de quotas d’émission (ETS) de l’Union.
L’étude arrive à la conclusion qu’une telle augmentation de l’ambition climatique de l’UE « est possible, de manière responsable et en vue d’une croissance économique durable ».
Alors que la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a proposé, mercredi, de fixer un objectif d’« au moins 55% » (EUROPE 12561/5), l’analyse indique que les risques économiques d’une réduction de 55% des émissions « sont limités ».
Selon le document, un tel objectif permettrait d’accélérer la transition énergétique. Pour l’atteindre, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’UE devra en effet atteindre un niveau compris entre 37,9 et 38,7% (selon les scénarios) d’ici 2030 (l’objectif actuel est une part de 32%).
L’amélioration de l’efficacité énergétique devra, quant à elle, être comprise entre 39,2% et 40,1% en termes de consommation primaire (l’objectif actuel est une amélioration de 32,5%) et entre 35,5 et 36,6% en termes de consommation finale.
Dans un scénario plus ambitieux encore (une réduction des émissions de 57,9%), la Commission a évalué ces objectifs à 40,4%, 40,6% (consommation primaire) et 36,7% (consommation finale) respectivement.
Autre effet bénéfique d’une réduction de 55% sur l’environnement : cela permettrait de réduire davantage la pollution de l’air, pour atteindre une réduction totale de 60% d’ici à 2030 par rapport à 2015.
Coûts
Bien que l’étude souligne qu’une réduction de 50 à 55% d’ici 2030, si elle est réalisée efficacement, « ne constitue pas un risque pour l’économie de l’UE », des coûts sont évidemment à prévoir.
Selon l’étude, le plus grand défi réside ainsi dans « la manière d’accroître considérablement les investissements dans la transition vers les énergies propres ».
Pour parvenir à une réduction des émissions de 55%, l’UE devra ainsi investir annuellement 356 milliards d’euros supplémentaires au cours de la période 2021-2030 par rapport à la période 2011-2020, dans un scénario qui combine une intervention réglementaire accrue et la tarification du carbone (système ETS), estime le rapport.
Cela représente une augmentation d’environ 90 milliards d’euros par an par rapport aux investissements nécessaires pour atteindre les objectifs actuels de 2030 en matière de climat et d’énergie.
La part des dépenses énergétiques dans le revenu des ménages devrait passer d’environ 7% en 2015 à une part comprise entre 7,5% et 7,9% d’ici 2030, indique en outre l’étude d’impact.
Cela affectera davantage les ménages avec de faibles revenus, précise ensuite la Commission, car ils ont tendance à avoir des factures énergétiques plus élevées en raison de maisons mal isolées et pourraient ne pas disposer du capital nécessaire pour investir dans l’efficacité énergétique.
Interrogé en conférence de presse sur les risques socioéconomiques d’une réduction des émissions de 55%, le vice-président exécutif chargé du Pacte vert européen, Frans Timmermans, a répondu que la présence de risques ne devait pas nous conduire à ne rien faire. À ses yeux, l’absence d’actions climatiques serait pire que tout, car, dans un tel cas de figure, ce seront « les plus vulnérables » qui paieront le prix fort des conséquences du dérèglement climatique.
Puits de carbone
Autre point à souligner : la réduction de 50 à 55% analysée par la Commission prend en compte les émissions et absorptions de CO2 liées à l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (règlement 2018/841, dit règlement UTCATF).
La Commission considère ainsi que la restauration et la croissance des puits de carbone naturels « sont essentielles pour atteindre nos objectifs en matière de climat ».
Or, sans prendre en compte les absorptions de CO2, la réduction est de 53%, a indiqué un fonctionnaire européen.
Pour Greenpeace, la Commission veut ainsi « gonfler artificiellement l’objectif à 55% ». L’ONG estime en effet que « ces absorptions de carbone ne peuvent pas remplacer de réelles réductions d’émissions », d’autant plus que la capacité à stocker du carbone des forêts de l’UE se réduit depuis quelques années, principalement en raison de l’exploitation forestière.
Questionné à ce sujet, Frans Timmermans a contesté l’idée selon laquelle la réduction des émissions visée serait en réalité plus faible que 55%. « Les puits de carbone jouent un rôle, vu qu’ils éliminent du CO2 de l’atmosphère », a-t-il ainsi déclaré.
65%, un objectif irréaliste pour la Commission
Alors que les ONG environnementales réclament un objectif d’au moins 65%, ce scénario n’a pas été évalué dans l’analyse d’impact.
La Commission indique en effet qu’elle s’est attachée à « évaluer une augmentation de l’objectif de réduction des GES pour 2030 à atteindre de manière responsable ».
Elle souligne en outre que cette augmentation « devrait refléter les rigidités, les longs délais et l’inertie générale du système énergétique et de l’industrie lourde » où le changement ne peut être « que progressif ».
« Nous sommes arrivés à la conclusion que ce n’était tout bonnement pas possible, pour une série de raisons », a de son côté déclaré M. Timmermans en conférence de presse.
‘Plan cible en matière de climat à l’horizon 2030’
S’agissant du ‘Plan cible en matière de climat à l’horizon 2030’, très peu de changements sont à noter par rapport à une version provisoire précédemment détaillée dans nos lignes (EUROPE 12559/7).
Soulignons néanmoins que, dans le paragraphe traitant du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, la Commission précise désormais qu’une étude d’impact est en cours « en vue en vue de présenter une proposition législative au cours du premier semestre 2021 ». Avec ce mécanisme, la Commission espère lutter contre les fuites de carbone.
Enfin, il est à noter que l’institution a également amendé sa proposition de ‘loi climat’, actuellement examinée par les colégislateurs, pour y inscrire le nouvel objectif 2030 d’une réduction des émissions d’au moins 55%.
Voir l’étude d’impact et le ‘Plan cible en matière de climat à l’horizon 2030’ : https://bit.ly/3c7qFWl ; https://bit.ly/33FrtxE (Damien Genicot)