À la suite de la proposition de la Commission européenne, mercredi 16 septembre, de porter l’objectif de réduction des émissions de l’Union européenne pour 2030 à « au moins 55% » (EUROPE 12561/5), plusieurs États membres ont rappelé leurs craintes vis-à-vis d’un tel objectif, voire leur opposition.
Seul État membre a ne pas avoir été en mesure de s’engager officiellement à mettre en œuvre l’objectif de neutralité climatique de l’Union européenne d’ici 2050 (EUROPE 12389/1), la Pologne s’est ainsi dite « préoccupée » par la proposition de la Commission, dans un communiqué de son ministère du Climat.
Le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Karel Havlíček, a pour sa part déclaré que son pays ne pouvait ratifier un tel objectif, à moins de « perdre son autosuffisance énergétique et ses infrastructures industrielles ».
Moins catégorique, le ministre slovaque des Affaires étrangères et européennes, Ivan Korčok, a qualifié l’objectif de « très ambitieux », soulignant qu’il ne pourra être atteint qu’avec « un soutien financier suffisant de la part de l’UE ».
De son côté, la Hongrie considère que le rehaussement de l’objectif 2030 doit être soumis à la condition que tous les pays de l'Union réduisent leurs émissions dans une mesure similaire, nous a confié l'ambassade hongroise auprès de l'UE. Selon elle, les réductions d'émissions les plus importantes entre 1990 et 2020 ont en effet été réalisées par les États membres d’Europe centrale et orientale.
Alors que les États membres étaient apparus divisés sur la question de l’objectif 2030 lors d’une réunion informelle par vidéoconférence les 13 et 14 juillet (EUROPE 12527/3), les positions de certains d’entre eux pourraient désormais évoluer à la suite de la publication, hier (jeudi), de l’étude d’impact de la Commission sur la faisabilité d’une réduction de 55% (EUROPE 12562/1).
Réactions contrastées des parties prenantes
S’agissant des parties prenantes, BusinessEurope, une organisation représentant les employeurs européens, a appelé à la mise en œuvre d’une « stratégie industrielle européenne forte, qui tienne compte de l’impact économique sans précédent de la Covid-19 et ne perde pas de vue la situation internationale », pour parvenir à une réduction de 55%.
Les ONG environnementales, quant à elles, ont jugé la proposition pas assez ambitieuse et en contradiction avec la science, qui exige, selon elles, un objectif de réduction des émissions d’au moins 65% pour respecter l’accord de Paris.
« Dans son discours sur l’état de l’Union, la présidente von der Leyen déclare que les objectifs sont trop ambitieux pour certains et pas assez pour d’autres, mais il n’y a pas de juste milieu en matière de science », a ainsi déclaré Sebastian Mang, conseiller de Greenpeace pour la politique climatique de l’UE, tout en estimant que « cet objectif nous condamnerait à une crise climatique dévastatrice ».
Lors de la session plénière d’octobre, le Parlement européen pourrait défendre une réduction de 60%. Le résultat du vote demeure néanmoins très incertain, tant les positions varient à la fois entre les groupes politiques et au sein de certains d’entre eux (EUROPE 12558/10). (Damien Genicot)