L'agenda des ministres des Affaires étrangères de l’UE, qui se réunissent lundi 21 septembre à Bruxelles, sera très chargé. En plus de points rapides, notamment sur la Turquie, la Russie ou encore le Liban, les ministres se pencheront sur la situation en Libye, en Biélorussie, les relations avec l’Union africaine et le voisinage méridional de l’UE.
Libye. Le Conseil discutera des derniers développements en Libye à la suite des annonces faites le 21 août en vue de sortir de la crise (EUROPE 12544/10) et de la visite sur place du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, le 1er septembre (EUROPE 12551/18).
Les ministres devraient en particulier s’entretenir sur les moyens de soutenir politiquement les changements sur le terrain et envisager des mesures concrètes pour soutenir les efforts déployés par les Nations unies et notamment de la MANUL. Selon une source diplomatique, la discussion sera aussi l’occasion de voir ce que les États membres souhaitent faire, notamment sur la surveillance du cessez-le-feu si l’ONU lui demandait un soutien sur ce point, et de revenir sur l’opération EUNAVFOR Med Irini.
Les ministres devraient également donner leur accord sur la levée des sanctions à l’encontre du président de la chambre des Représentants de Tobrouk reconnue par la communauté internationale, Aguila Saleh, sanctionné depuis le 1er avril 2016 pour entrave au processus politique (EUROPE 11522/17). Mais, depuis cet été, M. Saleh est en première ligne pour les efforts de relancer un processus politique.
À l’inverse, le Conseil devrait décider de sanctionner des entités et personnes ayant violé l’embargo sur les armes à destination de la Libye.
Biélorussie. Après avoir rencontré, lors d’un petit-déjeuner informel, l’opposante politique Svetlana Tikhanovskaïa, les ministres devraient faire le point sur la situation politique en Biélorussie, les tentatives de médiation de l’OSCE et la façon dont l’UE pourrait davantage aider la population. La révision des relations entre l’UE et la Biélorussie, également membre du Partenariat oriental, pourrait aussi être abordée.
Il faut tenir compte de la situation nouvelle tout en veillant à soutenir le peuple et s’assurer que le pays reste dans le Partenariat oriental, et les coopérations que cela représente, pour ne pas que Minsk aille voir ailleurs, a résumé une source diplomatique.
Et si, dès le 14 août, les Européens ont promis l’adoption de sanctions à l’encontre de responsables des fraudes électorales, de la répression et de la violence dans le pays, cette adoption n’était, vendredi soir, toujours pas certaine pour le Conseil. Vendredi soir, les ambassadeurs de l’UE n’avaient toujours pas donné leur accord politique. La liste actuelle comporterait une quarantaine de noms, selon plusieurs sources diplomatiques.
Si l’idée même d’imposer des mesures restrictives ne pose pas de problème, une délégation – Chypre – n’a pas donné son accord pour leur adoption, la liant à celle de mesures à l’encontre de la Turquie en raison de la poursuite de ses forages illégaux dans sa zone économique exclusive (ZEE).
« Il y a de la part de certaines délégations des liens qui sont faits au regard des engagements pris lors des réunions précédentes, notamment le Gymnich », a précisé une source européenne.
Turquie. La situation avec la Turquie est complexe. Cette semaine, celle-ci a fait un pas en avant vers un apaisement en ne renouvelant pas son Navtex pour la ZEE grecque, mais en poursuivant ses forages dans celle de Chypre.
« Certains, dont ceux qui sont les plus impliqués dans la médiation et attachés aux relations avec la Turquie, semblent visiblement estimer que l’adoption de sanctions supplémentaires liées aux activités dans la zone économique exclusive n’est pas opportune actuellement », a expliqué une source européenne. Il s'agirait notamment de l'Allemagne.
Cette source a ajouté qu’il fallait voir la semaine comme une semaine dynamique, avec le Conseil 'Affaires étrangères' puis le Conseil européen. « On peut espérer que des solutions sur les différents dossiers peuvent être trouvées », a-t-elle ajouté.
Report du Sommet UA/UE à 2021. Les ministres seront informés de l’état de préparation de la réunion ministérielle Union européenne/Union africaine qui était programmée pour le 28 septembre, en vue du sommet UA/UE programmé pour l’automne, avec pour objectif de s’accorder sur les priorités communes d'un partenariat stratégique renforcé (EUROPE 12558/19, 12518/15).
En réalité, selon toute probabilité, ce sommet, initialement prévu pour les 28 et 29 octobre, sera reporté à l’année prochaine à cause de la pandémie de Covid-19.
Alors que le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) avait, le 15 septembre, annoncé son report à 2021, d'autres sources rechignent jusqu’ici à le confirmer.
« Le calendrier est chamboulé à cause de la Covid-19. L’incertitude flotte, le sommet sera probablement reporté » à 2021, a déclaré vendredi une source européenne, pour qui « l’officialisation du calendrier est à l’étude. » Même incertitude sur la tenue de la réunion ministérielle.
Négociation de l'Accord post-Cotonou. Dans le cadre de l'échange sur l'Afrique, les ministres seront brièvement informés de l’état des négociations entre l’UE et l’organisation des États ACP (OACPs) sur l'accord post-Cotonou. La commissaire aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, espérait un accord politique avant la pause estivale (EUROPE 12515/16, 12506/9).
Voisinage sud. Enfin, à l’occasion du déjeuner, les ministres débattront du futur partenariat avec le voisinage méridional, alors que l’UE programme sa future assistance financière et que le processus de Barcelone fête ses 25 ans.
Selon une source, l’objectif est de relancer la dynamique des relations, après plusieurs années où les débats ont fortement porté sur la stabilité de la région et moins sur des sujets qui rassemblent les deux rives de la Méditerranée, tels que l’environnement, le changement climatique ou l’intégration régionale.
Par ailleurs, le Conseil reviendra rapidement sur les conséquences de l’empoisonnement de l’opposant politique russe Alexeï Navalny sur les relations UE/Russie. Celles-ci devraient faire l’objet d’une discussion plus approfondie en octobre.
Le Liban pourrait également faire l’objet d’une courte discussion, à la suite de l’explosion du 4 août à Beyrouth et alors que le pays attend toujours la formation d’un gouvernement. (Camille-Cerise Gessant et Aminata Niang)