La pandémie de Covid-19 a certes mis en lumière les faiblesses des chaînes d'approvisionnement logistique de certaines industries européennes, mais « la solution n'est pas de faire marche arrière dans la mondialisation, car la mondialisation a de nombreux avantages pour nos concitoyens : elle crée de nouveaux marchés et instaure une concurrence », a déclaré le ministre allemand au Commerce, Peter Altmaier, jeudi 3 septembre.
S'exprimant devant la commission du commerce du Parlement européen, M. Altmaier a néanmoins estimé que les Européens devaient devenir « plus résilients » sur cette question, qui sera discutée dans le cadre du débat plus large sur la révision de la politique commerciale européenne lors de la réunion informelle des ministres européens du Commerce, lundi 21 septembre. L'avenir de la sidérurgie européenne, et notamment sa capacité à produire de l'acier de façon plus respectueuse de l'environnement, est un autre dossier inscrit à l'agenda de la réunion informelle.
Présentant les priorités allemandes du Conseil de l'UE, M. Altmaier a prévenu que son pays ne pourra pas faire de miracles : les réunions en présentiel seront peu nombreuses, les élections présidentielles américaines auront lieu en novembre et l'UE n'a plus de commissaire européen chargé de la politique commerciale.
Le ministre, qui a qualifié la période actuelle de « phase de réorientation » (EUROPE 12507/5), a néanmoins espéré qu'au niveau législatif, les négociations avec le PE sur les exportations de biens à double usage pourront être finalisées (EUROPE 12534/9).
Concernant le Royaume-Uni, M. Altmaier a souhaité un accord avec le gouvernement britannique sur les relations bilatérales post-Brexit, mais cet accord ne devra « pas octroyer des avantages unilatéraux au Royaume-Uni ».
OMC. Le ministre allemand a aussi qualifié de « question essentielle » le choix du futur directeur général de l'OMC. « Nous avons besoin d'un candidat capable de mener à bien les réformes de l'OMC », a-t-il estimé, indiquant avoir déjà parlé à plusieurs candidats (EUROPE 12530/7). Toutefois, selon lui, « il n'est pas certain qu'on arrive à trouver une solution qui convienne à tous les États membres ».
Christophe Hansen (PPE, luxembourgeois) a estimé que l'UE devait tenter de se mettre d'accord avec les États-Unis sur le meilleur candidat.
À propos de la Chine, M. Altmaier souhaite que les échanges se développent sur la base de « règles équitables ». D'où l'importance, selon lui, d'avancer sur les subventions publiques au secteur industriel et l'encadrement des investissements.
États-Unis. Autre sujet de tension commerciale : les relations avec les États-Unis. M. Altmaier s'est réjoui que, depuis 2018, l'UE ait réussi à stopper la dynamique punitive de l'administration Trump. Mais « nous sommes loin d'avoir résolu tous les problèmes », a-t-il estimé, évoquant le différend 'Airbus/Boeing' dans le cadre duquel « nous devrons défendre les intérêts de l'UE », si les États-Unis rejettent les propositions européennes et imposent de nouvelles sanctions.
« Les mesures unilatérales ne permettent pas de nous rapprocher d'une solution », a-t-il aussi considéré.
Heidi Hautala (Verts/ALE, finlandaise) et Helmut Scholz (GUE/NGL, allemand) l'ont interrogé sur l'introduction de règles contraignantes en matière de respect des droits de l'homme et de l'environnement dans les accords commerciaux. Le ministre allemand a certes reconnu l'importance de ces enjeux, mais, selon lui, « si on commence par fixer un grand catalogue de conditions préalables » - clauses 'droits de l'homme', clauses de durabilité - « nous ne pourrons avoir des accords de libre-échange qu'avec extrêmement peu de pays ».
Un Conseil 'Commerce' aura lieu à Bruxelles le 9 novembre. (Mathieu Bion)