La Commission européenne a présenté, jeudi 3 septembre, dans le sillon de la stratégie industrielle du mois de mars, son plan d’action sur les matières premières dites « critiques » ainsi que la mise à jour triennale de la liste des matières premières critiques et une étude prospective pour les technologies et secteurs stratégiques d’ici 2030, voire 2050.
« Si nous voulons continuer à bénéficier à long terme de produits modernes tels que les smartphones, les téléviseurs, les écrans d'ordinateur ou nos voitures électriques, il est clair que nous devons changer radicalement notre approche des matières premières essentielles », a déclaré le vice-président, Maroš Šefčovič, soulignant la grande dépendance de l’Union vis-à-vis de pays tiers. Par exemple, 75 à 100% des métaux exploités en Europe proviennent de pays tiers, tandis que la Chine fournit 98% des éléments des terres rares.
« Alors, il y a de bonnes nouvelles et de moins bonnes », a poursuivi le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, rappelant qu’il existe de nombreux gisements importants en matières premières en Europe, notamment de lithium. « On a une vision assez précise des ressources en Europe : elles sont importantes et diversifiées, mais pas suffisantes ».
Une nouvelle Alliance
Ainsi, la Commission européenne expose un plan d’action en dix points qui s’échelonne jusqu’à 2025. Première étape fondamentale : d’ici la fin du mois, la Commission compte lancer une Alliance européenne pour les matières premières (European Raw Materials Alliance) qui regroupera États membres, régions, société civile (ONG et syndicats) et acteurs industriels.
Cette Alliance suivra le modèle de l’Alliance pour la batterie - jusqu'alors couronnée de succès (EUROPE 12490/16) - et sera également chapeautée par M. Šefčovič, nous dit-on. L’objectif est de renforcer l’action européenne pour sécuriser et répondre aux besoins de l'Union en matières premières.
Elle constituera également la porte d’entrée pour lancer de nouveaux projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) et facilitera l’usage du Fonds pour une transition juste.
Activités minières vertes
En lien avec le Pacte vert suivront, d’ici 2021, le développement d’une série de critères de financement d’activités minières durables et le lancement, en 2021, d’un projet de recherche et d’innovation sur le traitement des déchets et sur les matières de substitutions (dans le cadre d’Horizon Europe et du FEDER, notamment).
Courant 2022, la Commission dressera une cartographie de l’approvisionnement potentiel en matières premières secondaires critiques à partir des stocks et déchets. La même année, la Commission espère former, avec les États membres et les acteurs industriels et les syndicats, une main-d'œuvre compétente et suffisante, en vue de répondre aux besoins des activités minières.
Sur le volet extérieur, la Commission espère, dès 2021, sceller des partenariats internationaux stratégiques, toujours dans l’idée à la fois de sécuriser et de diversifier les chaînes d’approvisionnement en matières premières.
La politique spatiale sera mise à l'honneur. La Commission compte approfondir l’exploration des ressources que recèle le sous-sol européen, à l’aide notamment du programme d’observation terrestre européen Copernicus.
Matières premières critiques
Par ailleurs, la liste des matières premières critiques est mise à jour (la dernière date de 2017) afin de suivre l'évolution de l'importance économique et des défis en matière d'approvisionnement en fonction de leur application industrielle. La liste accueille désormais 4 nouvelles matières premières (la bauxite, le lithium, le titanium et le strontium) et perd l’hélium. En 2011, la liste ne comprenait que 14 matières premières.
Une stratégie controversée
Les annonces de la Commission européenne ont été saluées par les associations du secteur du métal. Ainsi, 25 PDG d’industries du métal ont manifesté leur intérêt dans une déclaration commune, publiée jeudi, pour participer à la future Alliance européenne (pour la consulter : https://bit.ly/3bnq7LC ).
Au contraire, Friends of the Earth Europe a dénoncé sans ambages, sur Twitter, la nouvelle stratégie européenne : « Il s’agit d’un plan de pillage qui risque d’accroître l’extraction au-delà des limites écologiques, d’exploiter davantage les communautés et leurs terres et de conclure de nouveaux accords commerciaux toxiques ».
Pour consulter la communication de la Commission : https://bit.ly/31VaA2D
Pour lire l’étude prospective : https://bit.ly/3jGu5lu (Pascal Hansens)