Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, s’est rendu en Turquie, lundi 6 juillet, pour discuter avec le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, et celui de la Défense, Hulusi Akar, des relations entre l’UE, ses États membres et Ankara. Des relations dont M. Borrell veut changer la dynamique (EUROPE 12516/27).
« La situation est loin d'être idéale. De nombreux problèmes graves requièrent notre attention immédiate. Je veux changer en mieux la dynamique de notre relation, car nous avons un intérêt mutuel à sortir de cette situation et à tracer une nouvelle trajectoire positive en évitant tout type d'incident qui pourrait déclencher plus de problèmes », a résumé le Haut Représentant lors d’une conférence de presse avec M. Çavuşoğlu. Prendre des décisions unilatérales ne ferait donc que détériorer la situation, a-t-il mis en garde.
M. Çavuşoğlu a lui aussi plaidé pour une amélioration des relations dans tous les domaines, ajoutant que l’UE ne devait pas suivre des critères politiques, mais des critères objectifs. L’UE doit faire partie de la solution et non du problème, a-t-il ajouté.
Comme il l’a déjà expliqué à plusieurs reprises (EUROPE 12514/22), M. Borrell veut miser sur le dialogue, espérant la multiplication des contacts pour régler les divergences. Et les sujets de discussion et de désaccord ne manquent pas : adhésion de la Turquie à l’UE, libéralisation des visas, modernisation de l’Union douanière, tensions avec Chypre et la Grèce, rôle croissant de la Turquie dans la région, notamment en Libye et en Syrie, etc. Si l'État de droit en Turquie est un sujet de préoccupation pour les Européens, le sujet n'a à aucun moment été mentionné par M. Borrell.
Le Haut Représentant a d’ailleurs estimé que la déclaration de 2016 entre l’UE et la Turquie, adoptée pour réguler les flux migratoires, mais qui n'a pas été entièrement mise en œuvre, devait être revue pour prendre en compte tous ces sujets. « Nous devons nous asseoir à nouveau et discuter d'une mise à jour de cette déclaration, qui arrive à son terme, et en chercher une nouvelle dans laquelle nous pourrons mettre ensemble toutes les questions qui affectent nos relations », a proposé M. Borrell. De son côté, selon la presse, M. Çavuşoğlu a précisé qu’en absence de progrès dans les discussions, « la Turquie continuerait de ne pas retenir ceux (les migrants, NDLR) qui veulent partir » en Europe.
M. Borrell a également plaidé pour des dialogues bilatéraux entre la Turquie et la Grèce, d’une part, et avec Chypre, d’autre part. Il a promis que l’UE aiderait autant que possible pour le lancement de négociations entre Ankara et Athènes et dans la recherche, entre Ankara et Nicosie, d’un accord afin de partager les revenus des exploitations d'hydrocarbures entre les deux communautés chypriotes. « Nous soutiendrons la médiation de l'UE (sur les ressources énergétiques en Méditerranée orientale, NDLR), il suffit qu'elle soit honnête », a souligné M. Çavuşoğlu, précisant que son pays ne se laisserait pas prendre en otage par ces deux pays.
Bien que le Haut Représentant mette l’accent sur le dialogue, les Européens pourraient adopter, notamment sous l’impulsion française, de nouvelles sanctions à l’encontre de la Turquie en réponse aux activités de forage illégales qui se poursuivent dans la zone économique exclusive de Chypre (EUROPE 12435/4). Les relations entre Paris et Ankara se sont fortement dégradées depuis un incident entre navires militaires en Méditerranée (EUROPE 12519/16). « Sanctionner la Turquie ne résoudra aucun problème, cela ne fera que les approfondir. Si l’Union européenne annonce d’autres sanctions, nous serons obligés d’y riposter. Que se passera-t-il alors ? Les tensions vont s’accroître », a d’ores et déjà prévenu le ministre turc, qui a aussi reproché à la France de prendre en otage les relations UE/Turquie.
Dernier sujet de friction en date : la non-inclusion de la Turquie dans la liste commune européenne relative au retour des touristes des pays tiers. M. Borrell a rappelé que l’UE avait adopté une levée progressive des restrictions et que les critères « objectifs, liés principalement à la situation sanitaire » étaient réévalués au moins toutes les deux semaines.
Les relations UE/Turquie et le rôle d'Ankara dans la région seront discutés jeudi 9 juillet en session plénière du Parlement européen, puis lundi 13, lors du Conseil 'Affaires étrangères'. Le Conseil européen des 17 et 18 juillet pourrait aussi revenir sur le sujet. (Camille-Cerise Gessant)