Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a mis en avant, mercredi 24 juin, lors d’une visite en Grèce, « la nécessité de rétablir un minimum de confiance et de dialogue avec la Turquie afin d'arrêter l’escalade » et de revenir à « une certaine normalité ». Une position répétée plus mollement le 25 juin, lors de sa visite à Chypre.
La Turquie multiplie, ces derniers mois, les survols du territoire grec et poursuit ses activités illégales de forage dans la zone économique exclusive de Chypre. Selon le ministre des Affaires étrangères chypriote, Nikos Christodoulides, la Turquie a réalisé six forages illégaux en moins d'un an. Le ministre a également rappelé les activités déstabilisatrices d'Ankara dans la région.
« L'UE et la Turquie ont un grand intérêt à améliorer leurs relations. (…) Nous devons rechercher un apaisement pour arrêter cette dynamique et la transformer en une relation ancrée dans un agenda commun, en renforçant la coopération sur toutes les questions d'intérêt commun », a plaidé le Haut Représentant depuis la Grèce. Il s'est dit « désireux et prêt » à encourager et à contribuer à un « dialogue honnête et complet » avec la Turquie.
M. Christodoulides a affiché une ligne plus dure, estimant que le respect des droits souverains des États et la cessation des activités illégales étaient des prérequis pour un « engagement significatif » avec la Turquie. Il a ajouté avoir discuté avec le Haut Représentant des moyens spécifiques par lesquels, en cas d'escalade de la part de la Turquie, « l'UE réagirait avec fermeté et détermination en mettant en œuvre et en renforçant ses décisions existantes » dans le cadre du régime de sanctions déjà approuvé par le Conseil (EUROPE 12435/4).
Les relations avec la Turquie seront discutées lors du prochain Conseil 'Affaires étrangères', le 13 juillet, et pourraient l'être, si besoin, au Conseil européen, selon M. Borrell. Il a expliqué que la discussion entre les ministres devrait aider à clarifier les options et la voie à suivre dans les relations.
Frontières
M. Borrell a par ailleurs évoqué avec le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Dendias, la question des frontières grecques avec la Turquie, frontières que l’UE est déterminée à « protéger », selon le Haut Représentant.
M. Dendias a quant à lui accusé la Turquie d'avoir à nouveau ouvert ses frontières pour laisser passer les migrants vers l'UE, comme elle l'avait fait fin février, et a déclaré que des garde-côtes turcs « escortent des bateaux chargés de migrants vers les îles grecques », a rapporté l’AFP.
La Turquie a réagi à ces commentaires, jeudi 25 juin, et a accusé Athènes de « violations des droits de l'homme ». Ces déclarations « sont un nouvel exemple des efforts déployés par la Grèce pour couvrir ses violations des droits de l'Homme et ses crimes (...) Il est malheureux que la Commission européenne soit complice », a ainsi réagi jeudi le porte-parole de la diplomatie turque, Hami Aksoy. « Nous invitons l'UE et la Grèce à respecter les droits des migrants au lieu de porter des accusations contre notre pays », a-t-il ajouté. (Camille-Cerise Gessant et Solenn Paulic)