À l’issue d’une réunion hybride (en présentiel et distanciel) de deux jours de ses 22 délégations nationales, mercredi 24 juin, l’Agence spatiale européenne (ESA) a adopté une résolution portant sur la création d’un groupe de travail du Conseil chargé de préparer la session du Conseil de l’ESA et du Conseil de l’UE prévue par la Présidence allemande du Conseil de l’UE pour le mois de novembre.
« ll a été décidé de créer un groupe de travail spécial (constitué de deux membres par délégation - NDLR) pour mettre en place (le Conseil 'Espace'). D'ici là, nous aurons une réunion ministérielle intermédiaire à Lisbonne à la fin du mois de juillet (…), puis nous aurons le Conseil 'Espace' en novembre 2020, où nous aurons la Présidence allemande de l'UE et la coprésidence de l'ESA par le Portugal et la France », a ainsi déclaré le directeur général, Jan Wörner, durant un point presse, jeudi 25 juin.
L’Allemagne, qui s’apprête à prendre la Présidence tournante du Conseil de l’UE, veut en effet convoquer le 27 novembre prochain un Conseil 'Espace' UE/ESA pour discuter de multiples thèmes, à commencer par le programme spatial de l’UE ainsi que l’accord-cadre de partenariat entre l’Union européenne et l’ESA (qui devrait être défini en septembre, signé en décembre et mis en œuvre en janvier 2021), mais aussi pour préparer une initiative afin d'activer les principes clés de l’économie spatiale mondiale.
Selon un document obtenu début juin par EUROPE (EUROPE 12503/12), l’initiative aborderait de nombreux thèmes, comme les conditions de concurrence équitables, les restrictions à l’application extraterritoriale des réglementations nationales, la protection du droit de propriété intellectuelle, la cybersécurité, les normes européennes de base pour les opérations et les activités spatiales (‘Space Traffic Management’), les conditions-cadre pour l’investissement et le financement des activités spatiales ainsi qu’un accord sur l’acquisition de services de lancement européens pour les charges utiles gouvernementales. La question de la préférence européenne devrait être abordée.
Interrogé par EUROPE sur la pertinence de ce format, que certains, dans la bulle européenne, considèrent comme lourd et pas nécessairement très fécond, M. Wörner a contesté ces critiques et garanti que la réunion était, au contraire, « le meilleur organe » pour coordonner les deux grands acteurs de l’Espace - l’Agence qu’il chapeaute et l’Union européenne (qui a vu son rôle renforcé dans le secteur spatial avec le Traité de Lisbonne) -, ainsi que les États membres de l’UE comme de l’ESA, notamment à l’orée d’un nouveau cycle budgétaire européen.
La question budgétaire de la politique spatiale de l’UE est très importante, a répété M. Wörner, aussi parce ce que l’ESA a « un lien » avec ce budget (environ 23% du budget de l'ESA provient de l’UE et 20% du personnel de l’agence est financé par les programmes européens – EUROPE 12420/5) notamment avec les programmes européens Copernicus, Galileo, GovSatCom, ou encore le programme de surveillance spatiale (SSA).
Lunar Gateway
Les délégations ont également discuté et approuvé un Mémorandum d’accord avec la NASA (agence spatiale américaine) sur la coopération relative au ‘Lunar Gateway’, un projet de station orbitale en orbite lunaire. « Nous sommes à quelques pas d'envoyer des Européens sur la Lune », s’est ainsi félicité le directeur général.
Un autre Mémorandum avec la NASA a été approuvé concernant les éléments de vol de la campagne de retour d’échantillons martiens, une première.
Nouveau directeur général
Le Conseil a par ailleurs amorcé la procédure de recrutement d’un nouveau directeur général, en vue de remplacer M. Wörner, qui arrivera au terme de son mandat le 30 juin 2021. Une fois l’annonce publiée sur le site Internet et via les réseaux sociaux, l’appel à candidatures sera ouvert pour deux mois. Plusieurs noms sont sur les lèvres : le Luxembourgeois Étienne Schneider, l’Espagnol Pedro Duque, ou encore l’Autrichien Josef Aschbacher (EUROPE 12511/14).
Coronavirus
Par ailleurs, le Conseil a pris une décision pour adapter le processus décisionnel, pour faciliter les délibérations et le travail durant la crise pandémique liée au virus Sars-CoV-2. La situation sanitaire de la Guyane française, où se déroulent les tirs des fusées Ariane et Vega notamment, inquiète au plus haut point. M. Wörner a dit qu'y sera envoyé jusqu’à nouvel ordre seulement le personnel qui doit accomplir une tâche spécifique. « Les observateurs ne seront pas envoyés ». La pandémie a eu pour effet de ralentir la construction du pas de tir prévu pour Ariane 6, dont le premier lancement était prévu pour 2020 et qui a été reporté à 2021. (Pascal Hansens)