La ministre française des Armées, Florence Parly, a souligné, jeudi 2 juillet, l’importance pour l’UE d'avoir une capacité d’action autonome de défense.
« La France et l’UE doivent pouvoir disposer d’une capacité d’action au nom d’une autonomie stratégique qui nous est absolument indispensable dans un monde (...) où les superpuissances livrent un combat par-dessus la tête des Européens », a-t-elle souligné lors d’une audition devant la sous-commission ‘Sécurité et Défense’ du Parlement européen. « Nous avons un objectif politique partagé : nous mobiliser pour notre défense, nous devons être capables d’assurer notre propre protection », a-t-elle ajouté.
Mme Parly a donc plaidé pour la construction de l’Europe de la Défense, qui signifie, selon elle, « jouir d’une pleine liberté d’action européenne ». « Si on partage les mêmes défis et que l’on est menacé par les mêmes acteurs, alors pourquoi ne pas partager nos moyens de nous défendre ? », s’est-elle interrogée. Elle a mis en avant trois axes : développer une vision commune, acquérir des capacités pour agir et développer la maitrise de la technologie avec le développement d’une industrie européenne.
Selon la ministre, l'existence même du Fonds européen de défense (FED) est « un changement de paradigme, une véritable révolution ». Si la dernière proposition de la Commission porte le fonds à 9 milliards, elle a estimé qu’il faudrait plus d’argent, car « on a besoin que ce fonds soit ambitieux, aujourd’hui plus que jamais ». Interrogée sur la participation des pays tiers au FED, Mme Parly a estimé qu’il était extrêmement important que les fonds européens bénéficient à des entreprises européennes, précisant qu’il s’agissait de la bonne utilisation des fonds et non de protectionnisme.
La ministre est également revenue sur la coopération pratique entre Européens dans le cadre des missions de l’UE ou entre États membres, telles que l’initiative européenne d’intervention qui regroupe 12 États membres ou la force Takuba. Mme Parly a annoncé que « cet été, Takuba se déploiera pour accompagner les armées locales au combat. D’ici quelques jours, les Estoniens s’engageront au sein de cette force et, bientôt, ils seront rejoints par les Tchèques et les Suédois ». Elle a espéré que les Italiens et les Grecs se joindront à eux.
La ministre est aussi revenue sur l’altercation entre des navires français et turcs participant à l’opération de l’OTAN Sea Guardian. « Ce qu’il s’est passé est très grave. Nous sommes censés être une alliance et un allié qui viole les règles, ce n’est pas acceptable », a-t-elle prévenu. Alors qu'une enquête au sein de l'OTAN est en cours, la France a décidé de quitter l'opération jusqu'à nouvel ordre, tant que ces quatre demandes n'auront pas été satisfaites : la réaffirmation solennelle du respect de l'embargo sur les armes à destination de la Libye, le rejet catégorique des indicatifs de l'OTAN pour mener les trafics, une meilleure coopération entre les missions entre l'UE et l'OTAN et l'instauration d'un mécanisme de déconfliction. (Camille-Cerise Gessant)