Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) continue de mettre en garde contre une résurgence des cas de Covid-19 en Europe et appelle les États membres à ne pas baisser la garde (EUROPE 12505/2). Toutefois, dans son évaluation des risques publiée jeudi 2 juillet, l'agence de l'UE exprime son opposition aux restrictions de voyage à l'intérieur et vers l'espace Schengen de libre circulation des personnes.
Au rang des bonnes nouvelles, l'ECDC note que de moins en moins de cas sont notifiés sur le territoire européen (moins 12% entre le 16 et le 30 juin). Toutefois, le centre ajoute qu'une transmission communautaire est toujours signalée dans la plupart des pays de l'UE/EEE, au Royaume-Uni et dans les pays candidats et candidats potentiels à l'adhésion à l'UE. De plus, certains pays signalent une résurgence de cas observés ou de grandes flambées localisées.
Ne pas baisser la garde
Dans ce contexte, l'ECDC conclut à un risque global « modéré » de Covid-19 pour la population générale et « très élevé » pour les populations à risque dans les pays qui n'appliquent pas les mesures de distanciation physique. Concrètement, le centre considère que les personnes à risque présentent une haute probabilité d'infection, avec un impact très haut de la maladie, quand les autres présentent une haute probabilité d'infection, mais un impact faible de celle-ci. Le risque de transmission, lui, est jugé élevé si aucun système de suivi, aucune stratégie de test et aucun traçage des contacts ne sont mis en place et que les interventions non pharmaceutiques sont réduites.
« Nous devons tous poursuivre nos efforts pour éviter une augmentation de la transmission et protéger les groupes de populations à risque de maladie grave. Un cadre de surveillance robuste et une stratégie étendue de tests et de recherche des contacts sont des éléments cruciaux d'une réponse efficace », a commenté la directrice de l'ECDC, Andrea Ammon.
Les restrictions de voyage « inefficaces »
Parallèlement, l'ECDC indique qu'elle « ne considère pas les restrictions de voyage à l'intérieur et vers l'espace Schengen comme un moyen efficace de réduire la transmission au sein de l'UE ». Selon l'agence, la transmission communautaire a déjà lieu dans l'UE/EEE et les données du système de surveillance européen (TESSy) montrent qu'en juin 2020, seulement 3% des cas confirmés étaient probablement infectés dans un pays différent du pays déclarant.
L'ECDC nuance toutefois son évaluation des risques en rappelant les lacunes et incertitudes importantes dans les informations épidémiologiques et cliniques disponibles sur la Covid-19, comme la proportion de cas modérés et asymptomatiques, la transmission pendant la période d'incubation et de récupération, ou encore les facteurs de risque de maladie sévère autres que l’âge.
L'agence ajoute également ne pas avoir reçu d'informations pour tous les pays de l'UE sur leur stratégie nationale de tests, ce qui ne lui permet pas de savoir si les augmentations de cas, lorsqu'il y en a, sont à imputer à de meilleures stratégies de test ou pas.
Autorisation en vue d'ici la fin de la semaine pour le Remdésivir
En parallèle, la Commission européenne poursuit ses discussions avec l'industrie pharmaceutique en prévision d'un futur traitement et/ou vaccin contre la Covid-19. C'est ce qu'a indiqué un porte-parole de l'institution, jeudi 2 juillet, après que le gouvernement américain a annoncé avoir obtenu de la société Gilead l'assurance de recevoir 500 000 traitements complets de Remdésivir.
Selon les premiers essais cliniques, ce médicament réduit la durée des séjours à l'hôpital des patients atteints de coronavirus d'une marge d'environ 4 jours, mais il n'a pas d'impact significatif sur la mortalité ou la charge virale dans la circulation sanguine.
« La commissaire Kyriakides a de nombreuses réunions avec l'industrie pharmaceutique, y compris Gilead. Nous discutons en effet avec cette entreprise sur la possibilité de réserver des quantités suffisantes de doses pour les États membres », a précisé le porte-parole, soulignant que ce médicament - initialement destiné à lutter contre le virus Ebola - pourrait obtenir une autorisation de mise sur le marché européen « d'ici la fin de cette semaine » (EUROPE 12501/6).
Sur le nombre de doses que l'UE pourrait réserver, il a indiqué que l'UE prendrait très certainement en compte les besoins actuels ou prospectifs sur base des admissions en hôpitaux.
Pour les autres traitements prometteurs, l'étude britannique Recovery - qui porte sur 12 000 patients au total - a montré à la mi-juin que la dexaméthasone (un stéroïde) réduisait la mortalité chez les malades sous ventilation artificielle. Par contre, l'association des médicaments antiviraux lopinavir et ritonavir, utilisés contre le virus du sida, n'a pas d'effet bénéfique chez les patients hospitalisés pour la Covid-19 et n'étant pas placés sous ventilation artificielle, a conclu l'étude le 29 juin. (Sophie Petitjean)