Par rapport aux prévisions de printemps (EUROPE 12481/1), les prévisions d'été de la Commission européenne envisagent une récession plus forte en 2020 - chute du PIB de 8,7% dans la zone euro et de 8,3% dans l'Union européenne (contre respectivement -7,7% et -7,4% prévus en mai) - ainsi qu'un rebond économique moindre en 2021, avec un retour de la croissance économique à hauteur de 6,1% du PIB dans la zone euro et 5,8% dans l'UE (respectivement 6,3% et 6,1% en avril).
« La pandémie a touché l'économie européenne plus durement que prévu, même si un rebond prudent se profile », a déclaré le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni, mardi 7 juillet. Il a prédit pour le deuxième trimestre 2020 « la pire chute du PIB depuis la Seconde Guerre mondiale », située autour de -13,5% par rapport au trimestre précédent pour la zone euro. En chiffres cumulés, cette chute serait de -17% du PIB pour les Dix-neuf au premier semestre 2020.
« Nous sommes loin d'être tirés d'affaire et devons faire face à nombreux risques, y compris une nouvelle vague majeure d'infections », a renchéri le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis.
En 2021, la croissance sera de retour, mais le niveau moyen du PIB demeurera en dessous du niveau enregistré en 2019. Et l'environnement économique restera dominé par des risques baissiers liés notamment à la situation de la pandémie dans le reste du monde, à l'hypothèse d'une deuxième vague pandémique en Europe et à la possibilité d'un échec des négociations commerciales entre l'UE et le Royaume-Uni.
M. Gentiloni a aussi évoqué l'émergence d'une « nouvelle normalité », où la distanciation sociale, obligatoire ou volontaire, se poursuivra pendant un certain temps et où certaines habitudes de consommation changeront définitivement. Une telle situation aura un impact pour certains secteurs économiques ; le tourisme, les transports et le secteur récréatif ayant été les plus affectés par le confinement généralisé.
Divergences croissantes. Le commissaire à l'Économie a surtout pointé « les divergences croissantes » entre les États membres, tant en termes de récession que de rebond économiques, bien que la Covid-19 les affecte tous. Une telle situation est due à des phases différentes de confinement, mais aussi à des structures économiques différentes.
En 2020, quatre États membres devraient ainsi affronter une récession supérieure à 10% du PIB national : l'Italie (-11,2%), l'Espagne (-10,9%), la Croatie (-10,8%) et la France (-10,6%). Les pays les moins touchés par la crise devraient être la Pologne (-4,6%), la Suède (-5,3%), la Roumanie et Malte (-6,0% chacun), le Luxembourg (-6,2%), l'Allemagne et la Finlande (-6,3% chacune).
Les capacités de rebond diffèrent également d'un pays à l'autre. Les pays les plus touchés bénéficieront des plus forts rebonds : +7,6% du PIB pour la France, +7,5% pour la Croatie et +7,5% pour la Slovaquie. En revanche, la Finlande (+2,8%) et la Suède (+3,1%) devraient connaître une reprise plus modérée.
Selon M. Gentiloni, le risque de voir encore les divergences socioéconomiques s'accroître justifie une adoption et une concrétisation rapides du Plan de relance pour l'Europe et du budget de l'UE post-2020. Destiné à aider les États membres à panser les plaies de la pandémie et à rendre leur économie plus résistante aux chocs macroéconomiques, ce plan n'est pas pris en compte dans les prévisions économiques d'été de la Commission.
Concernant l'inflation, l'institution européenne est d'avis que les perspectives à moyen terme n'ont pas substantiellement évolué depuis le printemps, si ce n'est une remontée des prix du pétrole. La hausse des prix dans la zone euro devrait s'élever à 0,3% en 2020 et à 1,1% en 2021.
Révision du Pacte de stabilité. Interrogé sur le calendrier d'un retour à la normale dans l'application des règles budgétaires européennes, l'ancien Premier ministre italien a estimé que le retour de la croissance en 2021, une donnée « évidente », ne devait pas être la référence. Il s'est appuyé sur les recommandations du Comité budgétaire européen, qui préconise de se baser sur le retour à une croissance équivalente à celle observée en 2019, c'est-à-dire avant la pandémie (EUROPE 12518/18).
M. Gentiloni a indiqué que la révision du Pacte de stabilité et de croissance reprendra à l'automne et durera jusqu'au printemps 2021. Selon lui, à la lumière de l'expérience budgétaire acquise en période pandémique, la réflexion devrait être stratégique sur le type de politiques économique et budgétaire à mener et ne devrait pas se focaliser sur des questions de seuils tels que celui sur l'endettement public fixé à 60% du PIB national.
Voir les prévisions économiques d'été de la Commission : https://bit.ly/2NZtqOc (Mathieu Bion)