L'argent sera le nerf de la guerre, jeudi 12 décembre, quand les dirigeants européens tenteront de parvenir à un accord sur l'objectif de transition de l'UE vers la neutralité climatique à l'horizon 2050 pour finaliser les orientations politiques qui guideront l'élaboration de la stratégie climatique de long terme de l'UE à préparer par la Commission.
Au lendemain de la présentation du 'Green Deal' européen, il n'est pas sûr que les dirigeants des pays d'Europe centrale et orientale (République tchèque, Pologne, Hongrie) aient toutes les assurances qu'ils souhaitent sur les montants dont ils estiment avoir besoin pour assurer une transition « efficace du point de vue des coûts, juste et socialement équilibrée et équitable », selon le projet de conclusions daté du 9 décembre et examiné par le Conseil 'Affaires générales' mardi 10 décembre.
La discussion sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP), qui aura lieu jeudi soir, pourrait les aider à y voir plus clair, mais ne sera pas conclusive.
« Il y a de la pression, mais je suis confiante que les dirigeants peuvent trouver un accord jeudi. Le CFP a un lien avec la proposition sur le fonds de transition juste », a néanmoins déclaré à la presse la ministre des Affaires européennes de la Finlande, Tytti Tuppurainen, à l’issue de la réunion du Conseil.
Le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, a souligné que la discussion avait beaucoup porté « sur l’ambition » et qu’il avait insisté sur l’importance des investissements requis, mais aussi sur « le coût de l’inaction en pertes de vies humaines ». Il a dit comprendre les différentes situations de départ des États membres et la nécessité d’assurer « un traitement équitable pour faire face aux défis à relever ».
La proposition de la Commission sur un mécanisme pour une transition juste, attendue avant la proposition de loi européenne qui gravera dans le marbre la neutralité climatique de l'UE à l'horizon 2050, jouera un rôle capital.
Le Premier ministre tchèque, qui préside le groupe de Visegrád, s'était dit prêt à bloquer tout accord si les fonds d'accompagnement ne sont pas suffisants, mais il pourrait changer d’avis s’il obtient plus de soutien, notamment à l’énergie nucléaire. La Pologne, pour sa part, continue de vouloir plus de détails sur les montants.
« Il faut un accord sur la neutralité climatique, l'acception de la transition juste et de l'aide aux régions qui en ont le plus besoin pour que la Commission puisse travailler sur les critères d'éligibilité », déclarait mardi une source européenne.
Le projet de conclusions salue l’annonce faite par la Commission européenne, le 4 décembre dernier, que ses propositions viseront à faciliter la mobilisation de 100 milliards d’euros d’investissements (par effet de levier : NDLR - EUROPE 12384/11) et précise que le Conseil européen y reviendra dans le cadre des négociations du futur CFP.
On ne parle plus de part significative du prochain budget, mais de « contribution significative du prochain budget à l’action climatique ».
Concession faite aux pays les plus ambitieux pour le climat : le texte précise que le Conseil européen invite la Commission à préparer la stratégie de long terme dès que possible en 2020 pour être adoptée par le Conseil et communiquée au secrétariat de l’UNFCCC, alors que le projet de conclusions du 2 décembre ne mentionnait pas de date (EUROPE 12383/7). Les conclusions de juin, elles, parlaient d’une communication à l’ONU au début de 2020.
Le texte prévoit que la mise à jour de l’objectif 2030 de l’UE sera bien soumise préalablement à une étude d’impact approfondie, mais suffisamment à temps avant la COP26 (à Glasgow).
Voir le projet de conclusions : http://bit.ly/38tqK4C (Aminata Niang)