L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) a publié, jeudi 6 juin, son rapport annuel qui recense les tendances en matière de drogues observées dans l’UE.
Cette année encore, le rapport constate une disponibilité accrue de la cocaïne en Europe, dont les saisies ont atteint des niveaux records (EUROPE 12036/11). Plus de 104 000 saisies de cocaïne ont été signalées dans l’UE en 2017 contre 98 000 en 2016, représentant 140,4 tonnes.
Si l’ensemble des quelque 86 tonnes saisies par la Belgique (45 tonnes) et par l’Espagne (41 tonnes) représentent 61 % du total estimé pour l’UE en 2017, la France (17,5 tonnes) et les Pays-Bas (14,6 tonnes) ont également signalé de grandes quantités.
Le rapport observe aussi une ‘ubérisation’ du marché, avec la pénétration de groupes plus petits, recourant de façon organisée et plus systématique à toute une gamme de technologies de l’information cryptées avec les médias sociaux et les sites de vente du 'Darknet' – dont la valeur double chaque année – pour les transactions et les cryptomonnaies.
L’OEDT s’inquiète plus largement de l’augmentation de la disponibilité de la plupart des substances illicites (un million de saisies par an). Si la tendance des nouvelles substances psychoactives détectée pour la première fois dans l’UE est à la baisse, les cas d’overdoses restent en augmentation, souligne le rapport.
Le marché de la drogue prend des ‘voies multiples’, ce qui laisse penser que l’Europe est aussi un point de transit. Alexis Goosdeel, le directeur de l’OEDT a ainsi souligné « [l’importance des] mesures juridiques au niveau communautaire et national, ainsi que la coopération avec les partenaires internationaux, notamment avec les pays producteurs ».
Selon le rapport, le cannabis reste la drogue illicite la plus couramment consommée en Europe. 17,5 millions de jeunes Européens en auraient consommé en 2017. 1 % des adultes en consommeraient tous les jours.
L’OEDT pointe le problème politique et la création de marchés légaux pour le cannabis récréatif hors de l’UE, qui a stimulé l’innovation en matière de développement de produits tels que les e-liquides ou les produits comestibles, dont certains apparaissent aujourd’hui sur le marché européen.
De nouvelles perspectives pour la santé connectée
Le rapport fait aussi état de nouvelles initiatives de santé mobile dans la prévention, le traitement et la réduction des risques liés aux drogues. Il présente un éventail de nouvelles applications de santé connectée, comme celles ayant recours à la géolocalisation pour aider les personnes qui s’injectent des drogues à trouver des points d’échange de seringues, un recours ciblant surtout la jeunesse et qui s'inscrit dans la prévention des risques contre la transmission de l’hépatite C.
Une autre option actuellement à l’étude est l’utilisation de la technologie de réalité virtuelle afin de recréer des environnements immersifs déclenchant le besoin de drogue, dans le but de renforcer la résilience des patients.
Néanmoins, pour l’OEDT, une mise en garde s’impose, car les nouvelles applications dans ce domaine ne s’accompagnent pas toujours de normes de qualité rigoureuses, ni de règles en matière de protection des données et d’évaluation scientifique.
Le rapport alimentera les réflexions sur l’évolution de la politique antidrogue, puisque l’évaluation finale de la stratégie de l’UE pour 2013-2020 sera menée l’année prochaine. Il peut être consulté à l’adresse suivante : http://bit.ly/2MwSZsd (Marion Fontana et Martin Molko)