À partir de jeudi 23 mai et jusqu'à dimanche 26 mai, plus de 420 millions d'Européens sont invités à élire leurs 751 représentants au sein du Parlement européen.
Jeudi, les Britanniques, faute d'un Brexit effectif, et les Néerlandais seront les premiers à se rendre aux urnes. Suivront les Irlandais et les Tchèques, vendredi, ces derniers étant aussi autorisés à voter samedi. Dans les 24 États membres restants, les électeurs voteront dimanche 26 mai. À noter que le vote électronique n'est permis qu'en Estonie. EUROPE a répertorié toutes les listes électorales en lice dans les 28 États membres (EUROPE 12260/3).
Si le Brexit se concrétise pendant la prochaine législature, la composition du PE sera réduite à 705 députés conformément à la décision du Conseil européen de prise sur base d'une proposition initiale du Parlement (EUROPE 12040/5). À la faveur de cette réforme, l'Espagne et la France gagnent 5 sièges, l'Italie et les Pays-Bas, 3 sièges.
Par rapport à 2014, le Parlement européen a réellement fait campagne cette année pour inciter les citoyens européens à accomplir leur devoir civique (EUROPE 12249/4). Sur les réseaux sociaux, plusieurs campagnes de sensibilisation aux enjeux européens ont été lancées pour lutter contre l'indifférence, notamment chez les jeunes. Le PE a ainsi constitué un réseau de 25 000 personnes s'impliquant pour diffuser le message 'Cette fois, je vote'. D'habitude cantonné à un message institutionnel, il a misé sur un message plus émotionnel en produisant la vidéo 'Choisissez votre futur', devenue virale, qui invite les électeurs à choisir l'Europe dans laquelle vivra la génération future. L'une des initiatives les plus originales a lieu en Lituanie où une 'forêt électorale' sera plantée à l'initiative d'électeurs prouvant qu'ils ont mis un bulletin dans l'urne. Le secteur privé s'est aussi davantage impliqué dans la campagne électorale.
Selon le PE, cette mobilisation a permis de doubler l'impact dans les médias des messages en relation avec les élections européennes par rapport à 2014.
Cela sera-t-il suffisant pour mobiliser un électorat qui comprend l'importance des enjeux auxquels l'Union européenne est confrontée, mais se demande si l'Europe est l'échelon idoine pour agir et répondre à ses attentes immédiates telles que le pouvoir d'achat et l'emploi ?
Le taux moyen de participation aux élections européennes n'a fait que diminuer depuis 1979 et l'introduction du vote au suffrage universel : il est ainsi passé en 40 ans de près de 62 % à 42,6 %. En 2014, les différences étaient grandes selon les États membres, le taux de participation variant de 13 % en Slovaquie à 90 % en Belgique où le vote est obligatoire. Selon un sondage Eurobaromètre de fin avril, seulement 5 % des personnes interrogées pouvaient dire avec certitude quand les élections auraient lieu dans leur pays et 35 % des Européens en âge de voter affirmaient qu'ils allaient le faire (EUROPE 12246/3).
C'est un fait, les élections européennes peinent à passionner les foules. Souvent, les débats dans les États membres restent cantonnés à des thématiques nationales, les électeurs étant plus invités à s'exprimer sur la conduite du gouvernement en place qu'à choisir le parti mieux à même de défendre à Bruxelles leurs priorités européennes. Peu nombreux sont également les spécialistes hors du microcosme bruxellois capables d'expliquer en quoi consiste le processus des candidats têtes de liste des partis politiques européens ('Spitzenkandidaten') et de citer le nom de ces derniers alors que le processus est pourtant destiné à donner un visage aux élections européennes.
Dimanche, les résultats partiels officiels commenceront à parvenir uniquement après la fermeture des derniers bureaux de vote en Italie, après 23h00. De premières estimations seront disponibles au niveau national à partir de 18h00, heure de Bruxelles (CET), sur la base de sondages réalisés à la sortie des urnes et effectués dans certains États membres. Peu après, vers 20h15, le Parlement européen sera en mesure d'établir une première projection de sa composition pour la prochaine législature, projection qui sera affinée au fur et à mesure que les résultats nationaux seront communiqués puis officialisés.
Il est important de noter que cette projection sera réalisée sur la base des groupes politiques existants lors de la législature 2014-2019. Les élus issus de partis nationaux - comme La République en marche! en France - seront répertoriés dans un groupe 'autres' tant qu'ils ne seront pas affiliés officiellement à un groupe politique du Parlement européen. Il faudra voir les résultats nationaux pour connaître le nombre de sièges que ces partis devraient remporter pour ensuite estimer de quelle manière ils pourraient renforcer un groupe politique avec lequel ils entretiennent des affinités.
Élaborées de la même manière, les dernières projections du Parlement du 18 avril faisaient état d'une fragmentation croissante du futur hémicycle. Les groupes chrétien-démocrate (PPE) et social-démocrate (S&D) perdraient, à eux deux, la majorité absolue au sein de l'assemblée européenne (EUROPE 12239/23). L'ère où ces deux groupes se partageaient la présidence du PE pendant deux ans et demi semble révolue. Une poussée eurosceptique et europhobe est annoncée, certains l'estimant à un tiers des sièges. Reste à voir si les mouvements hostiles à l'intégration européenne seront suffisamment soudés pour concrétiser une capacité de nuire, comme l'a indiqué à EUROPE la chercheuse Nathalie Brack (EUROPE 12255/3).
Toutes les données nationales alimenteront un site Internet spécifique du PE et permettront à celui-ci d'élaborer ses projections. Voir : https://www.election-results.eu/
Et après le 26 mai ?
Dimanche, les représentants des groupes politiques au PE et les candidats têtes de liste des partis européens réagiront à chaud aux premiers résultats depuis Bruxelles. Ils pourraient demander au Conseil européen de respecter, comme en 2014, le processus des Spitzenkandidaten à travers lequel le candidat tête de liste susceptible d'être soutenu pour une majorité absolue de 376 députés européens doit présider la Commission européenne.
« Renforcer l'institution 'Parlement' en tant que telle, c'est un point qui relie tous les groupes », a indiqué une source parlementaire, mardi 21 mai. La réunion de la Conférence des présidents des groupes politiques, mardi 28 mai matin, sera scrutée avec attention à cet égard.
Il y a cinq ans, le Conseil européen avait proposé Jean-Claude Juncker, Spitzenkandidat du PPE, pour présider la Commission, suggestion que le PE avait avalisée mi-juillet 2014 (EUROPE 11122/1). Depuis, le Parlement européen a prévenu qu'il ne voterait que pour un candidat tête de liste (EUROPE 11956/2). Problème : les libéraux n'ont pas choisi une tête de liste, mais une équipe Europe ('Spitzenmannschaft') (EUROPE 12219/3).
Cette année, nul doute que les familles politiques pro-européennes susceptibles d'apporter leur soutien à un Spitzenkandidat feront monter les enchères et conditionneront leur soutien à un(e) présidentiable à l'élaboration préalable d'un programme répondant à leurs attentes. Le groupe S&D croit même en la possibilité d'une coalition 'progressiste' pro-européenne allant de M. Tsipras à M. Macron qui mettrait hors jeu le Spitzenkandidat du PPE, l'Allemand Manfred Weber (EUROPE 12255/4, 12255/2).
Mardi 28 mai autour d'un dîner, les vingt-huit chefs d'État ou de gouvernement de l'UE analyseront les résultats des élections européennes. Le traité européen les oblige à tenir compte du scrutin pour proposer au PE la personnalité qui pourrait présider la Commission européenne. Mais les leaders européens refusent toute automaticité dans l'accession d'un Spitzenkandidat à la tête de la Commission (EUROPE 11968/2).
Début mai, lors du sommet européen de Sibiu, plusieurs d'entre eux, dont le président français, Emmanuel Macron, ont redit leur réticence vis-à-vis de ce processus, notamment en raison de l'absence de listes transnationales qui auraient permis aux Spitzenkandidaten d'être élus par tous les Européens (EUROPE 12251/2). M. Macron a expliqué ce mercredi au quotidien belge Le Soir que son compatriote Michel Barnier, qui n'avait pas cette fois postulé pour être le Spitzenkandidat de la famille chrétienne-démocrate en raison de ses obligations en tant que négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, avait les qualités pour intégrer la liste des personnalités susceptibles de présider la Commission.
Pour le professeur au Collège d'Europe Olivier Costa, le processus du Spitzenkandidat est un montage institutionnel potentiellement « explosif » (EUROPE 12250/5).
L'identité du futur président de la Commission a son importance parce qu'elle orientera les décisions attendues pour d'autres nominations à d'autres hautes fonctions européennes : les présidences du Conseil européen, de la BCE, du PE et le Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.
À Sibiu, M. Tusk a exprimé le souhait que ces nominations soient faites 'en paquet' en respectant un subtil équilibre politique, géographique et entre petits et grands États. Admettant les difficultés à respecter l'égalité homme-femme dans ce processus, il a affiché sa volonté d'aller vite et d'aboutir à une décision des Vingt-huit lors du Conseil européen des 20 et 21 juin, quitte à procéder à un vote à la majorité qualifiée. Lui-même n'a pas fait l'objet d'une décision unanime de ses homologues, avec l'opposition du gouvernement polonais, tandis que l'ancien Premier ministre britannique, David Cameron, s'était opposé à M. Juncker.
Parvenir à une décision rapide permettrait d'éviter, comme en 2014, la tenue de sommets européens à répétition et faciliterait la mise en place de la Commission post-Juncker.
Dès l'annonce des résultats des élections européennes et jusqu'à la session constitutive du Parlement européen la semaine commençant mardi 2 juillet, les groupes politiques vont peu à peu se reconstituer, négocier de nouvelles arrivées et/ou tenter d'éviter des départs. À chaque annonce officielle d'élus rejoignant un groupe, le PE mettra à jour la composition de son hémicycle.
Les principaux groupes ont d'ores et déjà prévu des réunions internes pour mettre au point leur stratégie. Le groupe PPE réunira ses anciens et nouveaux eurodéputés mercredi 29 mai dans l'après-midi. À San Sebastian les 11 et 13 juin, la famille chrétienne-démocrate européenne pourrait arrêter sa position sur la question des nominations. Au sein du groupe S&D, les premières réunions internes sont prévues les 11 et 18 juin prochains. Chez les conservateurs du groupe CRE, les dates du 5 et du 19 juin ont été retenues. Les libéraux ont annoncé une première réunion du groupe ADLE mardi 28 mai. Même chose pour l'extrême gauche réunie au sein du groupe GUE/NGL. Quant au groupe Verts/ALE, qui planche déjà sur son positionnement stratégique, il fera le point sur les élections également mardi 28 mai. Après un deuxième rendez-vous le 5 juin, il élira le 12 juin une nouvelle présidence bicéphale, la reconduction du tandem formé par l'Allemande Ska Keller et le Belge Philippe Lamberts étant pressentie. (Mathieu Bion)