login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12246
Élections européennes - PE2019 / Pe2019

Le niveau de participation aux élections européennes, l'éternelle question qui revient scrutin après scrutin

Les électeurs vont-ils, en 2019, s’intéresser davantage aux élections européennes qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent ? Et seront-ils plus nombreux à voter, alors que le taux de participation était en 2014 de 42,61 %, en légère baisse par rapport à 2009 (42,97 %) et en baisse continue depuis 1979 ? 

Un récent sondage Eurobaromètre réalisé pour le Parlement européen et publié jeudi 25 avril (EUROPE 12242/13) invite à la prudence. Selon cette enquête réalisée fin février, un Européen sur trois savait que le vote aurait lieu en mai et 5 % seulement pouvaient citer les dates exactes, du 23 au 26 mai. 

Plus du tiers des Européens en âge de voter (35 %) ont dit être certains de voter. Presque un tiers de personnes interrogées (31 %) ont indiqué qu’elles n’iront probablement pas voter et 32 % des sondés ont fait part de leur indécision, parmi lesquels certains sont « susceptibles » (18 %), ou « modérément susceptibles » (14 %) de voter. 

Les écarts se creusent aussi au niveau national. Dans seulement quatre États membres, une majorité de sondés est sûre de voter : au Danemark (65 %), aux Pays-Bas (62 %), en Suède (61 %) ainsi qu'en Belgique (58 %) où le vote est d’ailleurs obligatoire. 

En revanche, en Italie, seulement 16 % des sondés sont sûrs de voter. Ils sont 17 % au Portugal et en Croatie, 18 % en Autriche. C’est en République tchèque que cette proportion est la plus faible avec seulement 10 % des personnes interrogées certaines d’aller voter. 

Une mécanique institutionnelle trop complexe

Selon Eric Maurice, responsable du bureau bruxellois de la Fondation Robert Schuman, il est tout de même probable que la connaissance de ce scrutin augmente d’ici à fin mai avec la montée en puissance des campagnes électorales. 

Pour autant, « il n’est pas certain que les gens aillent davantage voter », a souligné cet observateur à EUROPE, convaincu que tout dépendra du contexte et des enjeux qui leur seront présentés. Au Royaume-Uni par exemple, il est probable que d'éventuelles élections européennes se transforment en un mini-référendum sur le Brexit

Pour Jean-Michel De Waele, professeur de sciences politiques à l’ULB, plusieurs raisons expliquent ce sondage peu encourageant. D’abord, les partis politiques font des élections européennes un enjeu national. Ensuite, l’Union européenne reste « complexe » pour la majorité des citoyens qui peinent à en comprendre le fonctionnement et le processus décisionnel. Ils ne voient pas concrètement comment ce vote européen peut changer leur quotidien ou résoudre leurs problèmes. 

« La Commission dit à chaque fois qu’elle a compris cela. Or, l’erreur c’est justement de croire que ce n’est qu’un problème de communication », a estimé M. De Waele, doyen de la Faculté des sciences politiques et sociales de l’ULB à Bruxelles. « On va publier des BD, différentes choses, alors que c’est une question de politique menée : l’UE n’est pas très attirante, elle manque de leaders, elle manque de projets fédérateurs », a-t-il observé. 

Les Spitzenkandidaten, incarnation de ‘l’entre-soi européen’

« Les Juncker, Tusk ou les Spitzenkandidaten actuels » ne sont pas plus mobilisateurs, a poursuivi le politologue. Emmanuel Macron a bien tenté de politiser ce sujet de l’Europe, mais, selon M. De Waele, il l'a fait « avec une vision encore très franco-française » des affaires européennes. 

Eric Maurice partage ce constat du manque de vrais leaders européens. Comme M. De Waele, il ne croit guère au système de Spitzenkandidaten cantonné à la « bulle bruxelloise ». Pour M. De Waele, ce système de Spitzenkandidaten revient à de « l’entre-soi européen ».

Ces candidats têtes de liste des partis politiques européens qui, en cas de victoire aux élections européennes, pourraient prétendre à la présidence de la Commission européenne, restent en effet très peu connus du grand public. Fin avril, un sondage allemand a montré qu’à peine 26 % des Allemands connaissent l'Allemand Manfred Weber, le candidat de la famille chrétienne-démocrate du PPE. 

L'une des pistes d'évolution pourrait être de mettre sur pied des listes transnationales de candidats, piste rejetée en février 2018 par les chrétiens-démocrates pour les élections de mai (EUROPE 11956/1). Une autre piste serait d'œuvrer à la simplification du fonctionnement des institutions de l'UE. 

« Une partie des Européens peut entendre un discours radical dans le sens progressiste : des États-nations qui cèdent un peu de leur pouvoir, la fin du droit de veto sur des thèmes comme la fiscalité et le Parlement européen au cœur du pouvoir européen », a estimé M. De Waele. 

Pour Eric Maurice, pour qui le désintérêt pour les élections européennes est en partie lié à une défiance plus généralisée envers la chose politique, un sentiment de gâchis demeure. Le bilan de la Commission 'Juncker' n’est « pas si mal », a-t-il constaté, celle-ci ayant avancé sur des sujets concrets comme le filtrage des investissements étrangers pour des raisons stratégiques, la lutte contre la course au moins-disant social, la protection des données personnelles. Mais « les gens ne le voient pas » et ne peuvent l’attribuer à l’UE, a-t-il regretté. 

Selon le représentant de la Fondation Robert Schuman, l'intérêt des citoyens aux affaires européennes pourrait être suscité en remodelant le maillage électoral, avec des circonscriptions électorales plus petites afin que les députés européens en soient plus proches des citoyens. 

Autant de pistes à creuser en attendant l'arrivée aux affaires de nouveaux hommes ou femmes providentiels dans la lignée de Jacques Delors ou Helmut Kohl qui ont incarné une vraie vision du projet européen, selon Jean-Michel De Waele. Mais ces moments-là restent « rares » dans l'Histoire, a convenu le chercheur. (Solenn Paulic)

Sommaire

REPÈRES
Élections européennes - PE2019
INSTITUTIONNEL
ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉDUCATION - CULTURE
ÉCONOMIE - FINANCES
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES
CORRIGENDUM