Réunis à Florence pour un nouveau débat des ‘Spitzenkandidaten’ accueilli par l’Institut universitaire européen, jeudi 2 mai, Manfred Weber, Frans Timmermans, Guy Verhofstadt et Ska Keller, respectivement les candidats du PPE, du PSE, de l’ALDE et des Verts à la présidence de la Commission européenne, se sont affrontés pendant une heure trente sur les thèmes de la migration, de l’économie, de la sécurité, de la politique étrangère, ou encore du fonctionnement démocratique de l’UE.
S'ils sont restés globalement dans leur positionnement idéologique traditionnel, ils ont pu livrer ci et là quelques surprises et quelques idées nouvelles. Cela a notamment été le cas de l’actuel premier vice-président de la Commission et candidat social-démocrate, Frans Timmermans, qui a par exemple estimé que la majorité qualifiée en matière de politique étrangère ne changerait « pas fondamentalement » les problèmes de décisions au Conseil ni ne constituait une solution vraiment efficace, contrairement à Manfred Weber et Guy Verhofstadt qui en font un point crucial.
Le Néerlandais s’est aussi distingué de ses homologues allemand et belge sur le projet d’un ‘FBI européen’. Alors que pour Manfred Weber et Guy Verhofstadt une telle police permettrait de mettre davantage en commun toutes les données détenues au niveau national et de les rendre accessibles à toutes les forces de police nationales, celle-ci n'a pas semblé trouver grâce aux yeux de M. Timmermans.
Pour lui, une « super police » n’est pas forcément la solution. « On a déjà Europol et Eurojust, on a déjà les outils. » Pour le candidat du PSE, un tel système ne fonctionnerait pas pour l’UE, qui « n’est pas les États-Unis », a-t-il souligné. Une position qui rapproche le candidat social-démocrate de celle de Ska Keller, celle-ci ayant marqué son refus en bloc « d’une CIA européenne ».
Le Néerlandais s’est aussi distingué sur la question d’une armée européenne, défendue ardemment par Guy Verhofstadt, qui estime que la défense est aujourd’hui l’un des plus grands gâchis d’argent dans l’UE. Il conviendrait de mettre les budgets nationaux en commun, selon le Belge.
Or, là encore, Frans Timmermans a pris un positionnement teinté d’intergouvernementalisme. S’il a jugé indispensable que l’industrie européenne de défense se développe et soit soutenue, il a appelé ses partenaires « à ne pas faire de telles promesses alors que l’armée européenne n’est pas près de voir le jour ».
Des propositions pour se distinguer
Pour le reste, les candidats ont essayé de se profiler avec des initiatives originales. Sur la migration, Manfred Weber, a ainsi de nouveau prôné la création d’un commissaire européen entièrement dédié à l’Afrique.
Il a aussi ouvert la porte au droit d’initiative législative accordé au PE, s’engageant, s’il est président de la Commission, à prendre davantage en compte les initiatives des groupes du PE et à les faire entrer dans le processus décisionnel.
Le social-démocrate, Frans Timmermans, s’est lui beaucoup concentré sur le sort des classes moyennes, dont le niveau de vie est en baisse. Il a plaidé en faveur de politiques fiscales responsables luttant contre l’évasion fiscale et ne permettant à aucune grande entreprise européenne de passer à travers les mailles du filet fiscal. « On doit s’assurer que l’on fait renaître la solidarité au niveau européen », a dit le candidat du PSE, qui a, par ailleurs, aussi porté le projet d'un revenu minimum européen.
Sur le changement climatique, Ska Keller a défendu l’idée d’un système de redistribution d’une taxe carbone européen ou du revenu des tonnes supplémentaires de CO2 achetées aux citoyens qui se comportent bien et produisent moins d’émissions, une sorte de « bonus » qui reviendrait en quelque sorte aux classes modestes moins émettrices de pollution en quelque sorte.
Quant au leader de l’ALDE, il s’est prononcé en faveur d’un seul régulateur numérique européen, au lieu de 28, même si dans l’ensemble, Guy Verhofstadt a défendu des idées déjà avancées en 2014. Le Belge était aussi peut-être en position inconfortable du fait qu’en 2014 il était un Spitzenkandidat, un système qu’il a depuis renié après son rapprochement avec Emmanuel Macron. Ce volte-face lui a valu d’être raillé par le Néerlandais.
Petits règlements de comptes entre candidats
Car ce débat a bien sûr aussi été l’occasion pour les candidats de régler leurs petits comptes politiques, les candidats socialiste et conservateur s'attaquant tour à tour sur le Hongrois conservateur Viktor Orbán et le Slovaque social-démocrate Robert Fico.
L’Allemande Ska Keller a brocardé le Néerlandais et son plaidoyer pour la justice fiscale. Elle s’est ainsi demandé si ce sujet faisait partie de ses discussions avec « ses amis maltais » et le gouvernement social-démocrate de Joseph Muscat, dont le pays est opposé à la transparence fiscale, selon elle.
Les Spitzenkandidaten auront un nouveau rendez-vous le 15 mai à Bruxelles. (Solenn Paulic)