Le gaz naturel liquéfié (GNL) américain, « pour autant que son prix soit compétitif », pourrait jouer un rôle « croissant et stratégique dans l'approvisionnement gazier de l'UE », a déclaré, jeudi 2 mai à Bruxelles, le commissaire européen à l'action climatique et à l'énergie, Miguel Arias Cañete, à l’occasion du premier forum énergétique interentreprises à haut niveau organisé par l'UE et les États-Unis.
La coopération stratégique entre l'UE et les États-Unis dans le domaine de l'énergie semble très prometteuse, selon l'UE et les États-Unis.
Les importations américaines de GNL dans l'UE sont en nette augmentation (+272 %) depuis la première cargaison livrée en avril 2016 et cette tendance s'est accentuée après la rencontre entre le président américain Donald Trump et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en juillet 2018 (EUROPE 12071/2).
Le commerce du GNL entre l'UE et les États-Unis a ainsi représenté en mars 2019 le plus grand volume jamais enregistré, plus de 1,4 milliard de mètres cubes. La part des États-Unis dans les importations totales de GNL de l'Union s'établit à 13,4 % sur les six derniers mois, contre 2,3 % avant la déclaration commune. En 2018, plus de 11 % des exportations américaines de GNL ont eu l'UE pour destination. Cette part monte à 30 % si l'on considère la période de neuf mois écoulée depuis la déclaration commune (d'août 2018 à avril 2019).
Dans leur déclaration commune du 25 juillet 2018 à Washington, MM. Juncker et Trump avaient convenu de renforcer la coopération stratégique entre l'UE et les États-Unis dans le domaine de l'énergie. Ils s’étaient accordés sur les avantages d'une hausse des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) américain vers le marché gazier de l'UE (EUROPE 12071/2).
Le forum énergétique, ouvert par Miguel Arias Cañete et le secrétaire américain à l'Énergie, Rick Perry, a donné aux entreprises américaines et européennes l'occasion de discuter des moyens de renforcer encore le commerce du GNL, du rôle qu'un GNL à des prix compétitifs peut jouer sur le marché de l'UE et des possibilités croissantes d'utilisation du GNL dans le secteur des transports.
M. Cañete a estimé que la sécurité énergétique était « une des réussites essentielles de notre coopération transatlantique, dans laquelle les deux parties ont un fort intérêt mutuel ». Le gaz naturel demeurera à moyen terme une composante importante du bouquet énergétique de l'UE, dans le cadre de la transition vers des sources d'énergie plus propres, a-t-il rappelé.
Un rôle à jouer dans l'énergie propre. Devant la presse, M. Cañete a souligné que l’UE dépendait pour 70 % des importations américaines de GNL. Il a estimé que le GNL était essentiel pour la diversification des importations européennes de gaz. En outre, des terminaux européens d’importation seront opérationnels cette année, a confirmé le commissaire.
M. Cañete a indiqué, en effet, que l’UE avait amélioré ses installations gazières (capacités de 200 milliards de mètres cubes, plus 22 milliards lorsque l’Allemagne aura construit une nouvelle installation) afin d’accueillir les importations américaines de GNL. L'Union s'est engagée à cofinancer des projets d'infrastructure GNL d'une valeur supérieure à 638 millions d'euros.
L’UE est aussi très engagée dans la réduction des gaz à effet de serre et 75 % des causes du changement climatique sont liées à l’énergie. « Il faut donc une énergie propre et le GNL a un rôle important à jouer », notamment pour remplacer le charbon. Le GNL permet de réduire les émissions émises par le secteur du transport maritime.
Une plus grande sécurité énergétique. Rick Perry a indiqué pour sa part que le GNL américain signifie aussi « une plus grande sécurité énergétique et une plus grande autonomie régionale ». Il a salué les progrès engrangés qui « illustrent le développement de ce commerce ». Il a reconnu que ce marché était assez nouveau : « il n’a pas atteint sa maturité, et il est difficile de se projeter dans cinq ou dix ans », a-t-il admis. Mais pour lui, l'avenir est très prometteur.
Restrictions ? La législation américaine exige toujours une approbation réglementaire préalable pour les exportations de GNL. Il s’agit donc pour Washington de remédier à ces restrictions. Mais pour M. Perry, les restrictions qui existaient, « héritage du passé, sont dans le rétroviseur ».
M. Cañete a rappelé qu'il n'y avait pas, du côté de l'UE, de restrictions pour importer du GNL. « Il existe certes de la surcharge administrative, mais les opérateurs nous disent que les autorisations et les licences sont obtenues, donc cela fonctionne », a assuré le commissaire.
Enfin, interrogé sur le choix de l’UE de préférer le GNL américain au gaz russe, Ricky Perry a rétorqué que les exportations américaines de GNL vers l’UE étaient « plus fiables » que celles de la Russie, même si elles étaient plus chères. (Lionel Changeur, avec Hermine Donceel)