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Bulletin Quotidien Europe N° 12246
Élections européennes - PE2019 / Économie

Les problématiques économiques et financières ne figurent plus en tête des priorités des principaux partis politiques européens

Dans leurs manifeste et priorités politiques publiés en amont des élections européennes, qui se tiendront du 23 au 26 mai, les grandes familles politiques européennes adoptent, sans grande surprise, des approches différentes quant aux questions économiques et financières, tout en restant assez généralistes. 

Le premier constat est que ces problématiques économiques et financières ne figurent pas tout en haut de l’agenda politique des partis européens, les questions migratoires et/ou climatiques étant mises en avant. 

« Il y a cinq ans, les Européens avaient le regard rivé sur la conjoncture économique d'un continent alors empêtré dans la crise des dettes souveraines, le risque de déflation et une accentuation de la récession économique déjà entamée. Aujourd'hui, les esprits sont davantage tournés vers des considérations moins économiques, mais qui étaient déjà en germe lors du scrutin de 2014, tels que le changement climatique et l'immigration », comme le fait d’ailleurs remarquer la Fondation Robert Schuman

Un autre point qui interpelle est que les lignes économiques et financières des familles politiques européennes restent généralistes. En effet, si les grandes réformes ou questions actuellement en discussion à l’Eurogroupe, au Conseil Ecofin ou au Parlement européen sont évoquées, chaque camp s’abstient ici de formuler des préconisations précises quant à l’architecture de tel ou tel instrument. Les divisions internes aux partis européens entre délégations nationales ne sont sans doute pas étrangères à ce fait. 

Néanmoins, les grandes familles politiques adoptent des approches et des tons différents eu égard aux grands enjeux économiques et financiers, en raison de leurs idéologies très hétérogènes. 

UEM. L’approfondissement de l’Union économique et monétaire (UEM) occupe une place de choix à l’agenda économique européen, depuis les propositions de la Commission européenne en la matière en décembre 2017 et mai 2018 (EUROPE 11920/1, 12031/7). 

Il est notamment question de la mise sur pied d’une capacité budgétaire pour la zone euro. La création d’un tel instrument fait l’objet de débats au sein de l’Eurogroupe, une proposition d’architecture devant être formulée d’ici à juin par les ministres des Finances (EUROPE 12160/1), tandis que le PE n’a pas réussi à s’accorder sur un texte avant la fin du mandat parlementaire actuel (EUROPE 12197/18). 

Le Parti socialiste européen (PSE) adopte ici une ligne assez traditionnelle. Il plaide pour un budget de la zone euro qui favorise une convergence socio-économique vers le haut (convergence 'ascendante'). Objectif : garantir un « maintien des niveaux d’investissements, notamment des investissements sociaux, et un soutien des systèmes nationaux d’allocations de chômage ». Cette idée s’apparente à la fonction de stabilisation, voulue par la Commission, mais qui n’est pas acceptée par plusieurs États membres, en particulier d’Europe du Nord.  

Le Parti vert européen (PVE) souhaite, lui, que la capacité budgétaire pour la zone euro soit ouverte aux pays n’ayant pas adopté la monnaie commune, et veut que cette fonction se caractérise notamment par des mécanismes de solidarité. 

Pour l’Alliance des libéraux et démocrates pour l’Europe (ALDE), des instruments financiers devraient être utilisés pour mobiliser des capitaux privés et favoriser l’innovation, tout en liant ces investissements à l’agenda des réformes structurelles. 

La réforme de l’architecture du Mécanisme européen de stabilité (MES) doit également donner lieu à la présentation d’une proposition par l’Eurogroupe en juin (EUROPE 12177/3), alors que le PE s’est positionné en mars sur la question (EUROPE 12214/8). 

Sur ce point, le Parti populaire européen (PPE) et les libéraux plaident pour que le MES devienne un Fonds monétaire européen (FME). Pour les libéraux, celui-ci doit être assorti de « strictes conditions » dans l’octroi d’aides à des pays de la zone euro, afin d'éviter un « aléa moral » à travers lequel un État s'endetterait excessivement, convaincu que ses pairs lui viendront toujours en aide. 

Les écologistes appellent, sur ce point, à ce que le MES soit intégré dans le cadre juridique de l’Union européenne avec une implication du PE.

Au volet institutionnel, ils souhaitent également que l’Eurogroupe devienne « un organe ordinaire » du Conseil de l’UE. Son de cloche similaire du côté des sociaux-démocrates, qui plaident en outre pour que l’Eurogroupe soit doté d’un président permanent, également commissaire et donc responsable devant le PE. 

Indissociable de l’approfondissement de l’UEM, l’achèvement de l’Union bancaire en zone euro est inscrit à l’agenda économique européen. Les travaux sont en cours à l’Eurogroupe, concernant la création d’un filet de sécurité (‘common backstop’) pour le Fonds de résolution unique, le bras financier du volet 'résolution' de l'union bancaire, et d’un Fonds européen de garantie des dépôts (EDIS). 

Sur ces deux éléments, les discussions avancent à des rythmes assez différents (EUROPE 12226/8). 

Eu égard à l’EDIS, tant le PPE et le PSE que le PVE souhaitent qu’il soit mis en place, en vue de parachever dans l’Union bancaire. Mais les chrétiens-démocrates insistent sur le fait que les risques financiers (ex. : le stock de prêts bancaires non performants) devront avoir été sensiblement réduits au préalable. 

Force est de constater que, faute d'urgence financière et de volonté politique, les travaux sur le volet 'garantie des dépôts' ont longtemps fait du surplace en raison du refus de certains États membres, comme l'Allemagne, que leur système bancaire éponge le passif de système bancaire de pays en difficulté. 

FINANCES. La stabilité financière et la prévention de futures crises restent une préoccupation majeure pour les partis politiques européens. Dans leur manifeste, le PVE et le PSE plaident tous deux pour une règlementation et une surveillance financières plus strictes. 

« Nous voulons une règlementation financière accrue, plus de garanties que le secteur bancaire paiera la facture des faillites bancaires, et plus de sécurité pour les déposants et leur épargne, indépendamment du siège de leur banque », explique le PSE. 

Le PSE appelle en outre à l’instauration de pare-feux entre les banques commerciales et d’investissement, alors que la proposition visant à réformer la structure du secteur bancaire est restée lettre morte en raison de l'incapacité du Parlement européen à se positionner sur la question (EUROPE 11322/6). 

Pour le Parti de la gauche européenne, ce qui importe, c’est surtout la mise en place d’un contrôle démocratique des marchés financiers et des banques. 

L’accès au financement des petites et moyennes entreprises (PME) fait aussi l’objet d’une attention particulière dans les programmes politiques du PSE, de l’ALDE ou encore du PVE. « Une réglementation plus intelligente devrait garantir aux PME des conditions de concurrence équitables avec les grandes entreprises », estime ainsi le PVE. 

La finance durable, elle, semble mettre tout le monde d’accord. Le PPE voit dans la transition vers une économie faible en carbone une « grande opportunité pour l’UE ». En termes de propositions concrètes, les plus développées sont celles des écologistes qui préconisent un ‘New Deal écologiste’ pour financer et mobiliser des investissements dans des domaines tels que les liaisons ferroviaires transfrontalières, les énergies renouvelables, l'innovation durable et la transition équitable, en particulier dans les États membres les plus pauvres. 

Le PSE estime aussi que « de nouveaux instruments financiers écologiques devront être émis au niveau européen » afin de garantir cette transition vers une économie faible en carbone. 

Identifiée par la Commission comme l’un des grands enjeux des prochaines années (EUROPE 12227/15), la technologie financière (‘FinTech’) est pourtant peu présente dans les programmes des partis politiques européens. Les verts y mentionnent brièvement « la gestion des crypto-monnaies », tandis que les libéraux soulignent la nécessité de créer « un cadre juridique solide pour les nouvelles technologies », comme la chaîne de bloc (‘blockchain’).

POLITIQUES BUDGÉTAIRES. Les politiques budgétaires, liées au processus du 'Semestre européen', sont enfin soulevées par toutes les grandes familles politiques européennes, avec un ton bien différent. 

On relèvera que les libéraux souhaitent que les États membres profitent de la conjoncture économique positive pour préparer les défis futurs de l’UE, reprenant une rhétorique assez similaire à celle de la Commission (EUROPE 12203/1). Ils plaident également pour un mécanisme de contrôle et de sanction plus efficace en cas de non-respect des règles du Pacte de stabilité et de croissance. 

Le PPE se positionne, lui, en faveur d’une responsabilité nationale, notamment concernant la dette publique, et rappelle qu’il soutient des politiques budgétaires et des finances saines. 

Pour les sociaux-démocrates, un équilibre doit être trouvé entre finances publiques saines et solidarité. Et les règles budgétaires devraient être révisées pour soutenir l’emploi et une croissance durable. Ce langage se rapproche, dans une certaine mesure, de celui des écologistes, pour qui les objectifs environnementaux et sociaux devraient être placés sur un pied d’égalité avec les objectifs budgétaires dans le cadre d’un nouveau Pacte de stabilité et de croissance. 

Quant au Parti de la gauche européenne, en désaccord avec les politiques macroéconomiques mises en œuvre depuis la crise financière de 2008, il en appelle notamment à une conférence européenne sur la dette publique, « lors de laquelle des solutions structurelles à long terme en vue de sa restructuration et de sa réduction seront finalisées et mises en place ». 

Enfin, l'un des volets de la politique budgétaire concerne la politique publique en matière d'investissements. Pour en finir avec les excès de la politique d'austérité économique, l'extrême gauche érige en priorité « un vaste programme d'investissement public dans les domaines sociaux clés ». 

Toutes les forces politiques pro-européennes – PPE, PSE, PVE – soulignent l'importance de cibler les investissements pour répondre aux défis internationaux et sociétaux tels que la transition verte, la révolution numérique et le développement de l’intelligence artificielle. Seul le PPE mentionne explicitement le plan 'Juncker' d'investissement qui aurait permis en cinq ans de créer plus de 750 000 emplois et d'améliorer l'accès au financement de 850 000 petites et moyennes entreprises. 

« Nous voulons continuer sur cette voie et créer les conditions pour la création d'au moins 5 millions de nouveaux emplois dans les années à venir, surtout pour la jeune génération », souligne le manifeste chrétien-démocrate. (Lucas Tripoteau et Marion Fontana)

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