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Bulletin Quotidien Europe N° 12255
Élections européennes - PE2019 / Pe2019

Manfred Weber, cible idéale du débat électoral des Spitzenkandidaten

En tant que représentant du principal parti politique européen aux affaires ces dernières années dans l'UE, le Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE), l'Allemand Manfred Weber, a été la principale cible des attaques des autres candidats à la présidence de la Commission européenne, mercredi 15 mai, lors d'un débat électoral organisé au Parlement européen.

Sur les questions économiques, le socialiste néerlandais, Frans Timmermans, a reproché à M. Weber d'avoir défendu les politiques économiques d'austérité pendant la crise financière. Le représentant de la gauche radicale, le Belge Nico Cué, a dénoncé l'action du président du Parlement, Antonio Tajani, lui-même vice-président du PPE, qui a donné raison à Mittal pour fermer les hauts fourneaux de Liège et importer dans l'UE de l'acier bon marché. Sur les questions fiscales, l'écologiste allemande, Ska Keller, a critiqué les chrétiens-démocrates, mais aussi les libéraux et les conservateurs, pour leur refus d'imposer plus de transparence fiscale aux entreprises. « Pourquoi votre groupe au PE a-t-il voté contre la réforme du système ETS d'échange de quotas de CO2 ? », a-t-elle lancé à M. Weber.

Qualifiant le PPE de « dinosaure » sur les questions climatiques et environnementales, M. Timmermans a proposé à M. Cué et à Mme Keller, ainsi qu'à certains libéraux, « une alliance allant de M. Tsipras à M. Macron » pour taxer le kérosène et introduire une taxe sur le CO2 dont les revenus financeraient l'efficacité énergétique dans le logement. Une proposition restée sans réponse, mercredi soir.

Pour sa défense, M. Weber a plusieurs fois fait valoir la capacité de sa famille politique à agir en toute « responsabilité ». « Nous sommes d'accord pour être ambitieux sur la question climatique », a-t-il noté, prônant la neutralité carbone en Europe d'ici à 2050. Le problème est : comment y parvenir ? Le Bavarois croit en « l'innovation, pas aux sanctions ». Selon lui, il faut à la fois être ambitieux dans l'UE et convaincre de l'urgence d'agir au niveau international. Mais il faut aussi réconcilier les intérêts des « travailleurs de l'industrie ». « Les syndicats me disent qu'appliquer le programme écologiste signe la fin de l'industrie européenne ! », a souligné M. Weber.

Sur les questions économiques, M. Weber a demandé à M. Timmermans d'endosser aussi sa part de responsabilité dans les politiques menées et pilotées par des membres de sa famille politique, M. Moscovici à la Commission et MM. Dijsselbloem puis Centeno à l'Eurogroupe.

Lors du débat, les clivages traditionnels gauche/droite ou intégrationnistes/souverainistes sont réapparus. 

Sur le défi migratoire, le conservateur tchèque, Jan Zahradil, s'est inscrit en faux contre les « quotas obligatoires » d'accueil de réfugiés qui ont creusé le fossé entre les États membres. Il a prôné le respect du droit des États à choisir qui ils souhaitent accueillir, ou non, sur leur sol. Favorable à une « solution européenne » dans ce domaine, M. Weber a d'abord évoqué la nécessité de regagner le contrôle des frontières tout en mentionnant « la responsabilité » des Européens sur le plan humanitaire. Au nom des libéraux, la Danoise Margrethe Vestager, ainsi que M. Cué et Mme Keller, ont mis en avant l'importance de la solidarité. Dénonçant les « amendes » infligées par le gouvernement italien à ceux qui sauvent les migrants de la noyade en Méditerranée, M. Timmermans a prévenu : faute de solidarité, « tôt ou tard, les frontières seront de retour » au sein de l'Union.

Pour aider la jeunesse à mieux s'insérer dans la vie active, les candidats ont fait quelques propositions concrètes. À droite, l'accent a été mis sur l'innovation et l'investissement pour créer des emplois. À gauche, M. Timmermans et Cué ont plaidé pour l'introduction d'un salaire minimum au-dessus du niveau de pauvreté dans tous les États membres. Mme Keller veut rendre « obligatoire » la Garantie Jeunesse. Au centre, Mme Vestager a préféré évoquer la nécessité de garantir, avec les partenaires sociaux, « des conditions de vie décentes » ('decent living') pour les jeunes, concept qui n'impliquerait pas forcément un salaire minimum.

Quelle politique fiscale mener au niveau européen ? À cette question, Mme Vestager, M. Weber et Mme Keller ont prôné l'introduction d'une taxation pour les géants du secteur numérique. M. Weber est allé plus loin en demandant la fin de l'unanimité au Conseil sur les questions fiscales et Mme Keller sur les questions de transparence. Pour M. Timmermans, imposer les sociétés « au niveau minimum de 18% » est une question de justice sociale. Quant à M. Cué, il a prôné « l'offensive » contre l'évasion et la fraude fiscales, responsables, selon lui, de la création de zones en Europe dénuées de services publics, avant de plaider pour une meilleure protection des lanceurs d'alertes. En revanche, M. Zahradil a refusé toute taxe paneuropéenne enfreignant la légitimité des États à lever l'impôt.

Sur les relations commerciales entre l'UE et ses partenaires internationaux, Mme Keller et M. Cué se sont montrés prudents. « Le commerce peut jouer un rôle important, mais il peut être un moyen servant une fin, pas une fin en soi », a estimé la première, regrettant que les accords de libre-échange ne contiennent pas de référence à l’Accord de Paris ni ne prévoient des sanctions en cas de violation des droits de l’homme. Le second a appelé à plus de transparence dans les négociations commerciales, en en faisant une question de « démocratie ». Là-dessus, M. Timmermans a salué l'action de la Wallonie qui a récemment abouti à la jurisprudence européenne sur la compatibilité du règlement des différends entre investisseurs et États avec le droit de l'UE (EUROPE 12245/3).

À l’opposé, M. Zahradil a plaidé pour davantage d’accords de libre-échange, avec les États-Unis et l'Asie, le commerce étant « le principal moteur de croissance économique ». Et pour Mme Vestager, l’UE doit avoir davantage confiance en elle-même et être un peu plus dure avec ses partenaires pour lutter contre la concurrence déloyale.

Quel rôle l’Europe doit-elle jouer dans le monde ? Pour Mme Keller, plus de cohérence s'impose. L’UE est une force de « paix et de droits de l’homme », alors que les États membres « envoient des armes à des dictateurs », a-t-elle critiqué. Pour M. Timmermans, l’UE doit être « unie et ferme » pour défendre ses valeurs face aux présidents américain et russe. « Sinon, ce sont eux qui définiront l’avenir », a-t-il prévenu. Du même avis, M. Weber a encore appelé au passage à la majorité qualifiée au Conseil dans le domaine des affaires étrangères. M. Zahradil s'y est fermement opposé.

Enfin, les Spitzenkandidaten ont exhorté les Européens à voter fin mai, notamment pour défendre les valeurs sur lesquelles l'UE est fondée. M. Weber a exhorté les citoyens à défendre l'Europe contre « l'égoïsme et le nationalisme » qui monte. Mme Keller a critiqué le fait qu'au niveau national, comme en Autriche et en Estonie, les partis membres du PPE collaborent avec les forces extrémistes. Avec les politiques austéritaires, il n'est pas étonnant que les personnes désemparées se réfugient dans le nationalisme, a estimé M. Cué. Et d'ajouter: « soit on fait le choix de la loi du marché, soit on fait le choix des personnes ». (Mathieu Bion et Camille-Cerise Gessant)

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Élections européennes - PE2019
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