Quelques jours après que la Commission européenne a rappelé son ambition de sceller un accord avec le Mercosur, le marché commun sud-américain, dans les quelque cinq mois qui la séparent du terme de son mandat, les ministres de l’agriculture européens ont rappelé leurs lignes rouges dans ces négociations.
Lors du Conseil 'Agriculture', ce mardi 14 mai, plusieurs délégations, dont la France, la Slovénie, l’Irlande, l’Italie, ont rappelé leurs préoccupations face à ces pourparlers sur le volet commercial d'un accord d'association entre les deux blocs. Entamées depuis près de 20 ans, les négociations butent surtout sur des questions d’ouverture réciproque des marchés aux produits agricoles.
Côté européen, les résistances demeurent vives face aux demandes sud-américaines d’accroissement des contingents de viande bovine, de volaille, d’éthanol, de lait et de sucre, pour lesquels de nombreux pays ont rappelé leurs sensibilités particulières.
Parmi les intérêts offensifs des Européens face au Mercosur, comptent également plusieurs sujets agricoles clefs, notamment l’ouverture aux produits laitiers européens, mais aussi les vins, l’huile d’olive, les pêches en boîte, les exportations de soja argentin et de cuir. Le Mercosur ne montre pas non plus toute la bonne volonté souhaitée par les Européens sur la question des appellations géographiques (EUROPE 12215/6).
Par ailleurs, pour l’UE, la réduction des barrières tarifaires doit aller de pair avec un alignement des normes sanitaires, la promotion de la santé et la sécurité publiques, l'égalité entre les hommes et les femmes ainsi que les normes sociales et environnementales (EUROPE 12253/6).
Le 7 mai dernier, un haut fonctionnaire de la Commission s’était montré optimiste quant aux chances de conclure l’accord avec entre les deux blocs (EUROPE 12150/17). Mais le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan, s’est voulu plus prudent sur ces sujets, estimant, mardi 14 mai, que « beaucoup restait encore à faire ».
Les négociateurs des deux blocs se rencontrent également du 13 au 17 mai, à Buenos Aires, pour une discussion approfondie sur les questions en suspens (EUROPE 12250/17).
Garantir des situations équitables aux producteurs de l’UE
En Conseil, les ministres européens de plusieurs pays, dont la Belgique, la France, la Hongrie et la Pologne, ont également souligné le besoin de tenir compte de l’impact cumulatif des concessions accordées dans le cadre des accords commerciaux sur le marché européen, surtout dans le contexte du Brexit.
Plusieurs ministres, dont ceux d’Autriche, des Pays-Bas et de la Pologne, ont rappelé l’importance de règles équitables, ou ‘level playing field’, avec les pays tiers, notamment pour les normes sanitaires, la sûreté alimentaire, le bien-être animal et la durabilité.
Levée de boucliers en France
La déclaration de la Commission a engendré à Bruxelles une rumeur selon laquelle la France aurait levé ses oppositions à l'accord-information, ce qu’aucune source proche des discussions au Conseil n’a pu confirmer à EUROPE.
Cependant, parties prenantes et politiques n’ont pas tardé à réagir.
Dans une lettre, publiée ce lundi 13 mai, Interbev, au nom des producteurs de viande bovine européenne, a rappelé ses inquiétudes sur ces négociations.
En France, les réactions des députés en campagne n’ont pas non plus attendu pour pleuvoir sur Twitter. Parmi celles-ci, Éric Andrieu, eurodéputé sortant et candidat européen du Parti socialiste français, a exprimé son agacement dans plusieurs tweets : « Macron et la Commission sont en train de sacrifier notre agriculture sur l’autel du libre-échange ! On ne peut accepter des accords avec des pays qui n’ont pas les mêmes normes sociales, environnementales et sanitaires que nous », a-t-il déclaré le 14 mai sur le réseau. (Hermine Donceel et Lionel Changeur)