La nécessité de moderniser la politique agricole commune pour préserver ses fonds pour la période après 2020 est réaffirmée dans presque tous les programmes des partis politiques européens en vue des élections européennes de fin mai. Mais des divergences apparaissent forcément sur les modalités des changements à opérer, alors que les institutions de l’UE peinent à boucler un accord politique final sur les propositions de la Commission sur la PAC post-2020 (EUROPE 12254/1).
Le Parti populaire européen (PPE), emmené par Manfred Weber, défend une PAC tournée vers le 21e siècle et qui soit suffisamment dotée financièrement.
M. Weber a d’ailleurs déjà déclaré que « le PPE est le parti des agriculteurs, nous voulons défendre les investissements au bénéfice des agriculteurs ». Originaire d'une région rurale de la Bavière, M. Weber estime que les produits agricoles ne sont pas des produits typiques et négociables. Pour lui, l’agriculture devrait être exclue de la libéralisation des échanges commerciaux.
Une PAC plus moderne. Le programme du PPE suggère d’aider les agriculteurs à relever les défis grâce à un « soutien ciblé et une PAC moderne ». Le PPE souhaite une PAC « plus équitable, plus durable et davantage axée sur les résultats, dans le respect du principe de subsidiarité et en respectant les règles communes de l'UE ». La PAC doit être conçue pour aider les exploitations agricoles familiales à faire face à la mondialisation, au changement climatique et aux défis de la sécurité alimentaire. Le PPE souhaite aussi : - des incitations supplémentaires en faveur des jeunes agriculteurs ; - une réduction des formalités administratives pour les agriculteurs (davantage de solutions numériques et simplification des procédures administratives).
Au niveau international, le PPE s’engage à défendre les normes de l’UE en matière d'agriculture, de pêche et de qualité des aliments, « tout en protégeant notre santé contre les importations de moindre qualité ». Le PPE s’engage à défendre les normes élevées de l’UE et à « lutter contre les pratiques déloyales dans les négociations commerciales afin que notre secteur agricole reste compétitif ».
Enfin, le PPE s’oppose à la « double qualité alimentaire en Europe, au motif qu’il ne peut y avoir de citoyens de seconde classe ».
Une réforme de la PAC. Du côté du Parti socialiste européen (PSE), l’accent est mis, dans le ‘Manifeste 2019’, sur le besoin d’une « réforme de la PAC », pour aider à répondre aux nouvelles exigences sociétales, notamment des modes de production durables, une meilleure alimentation, moins de déchets alimentaires, un plus grand bien-être animal, la protection du climat et la préservation de la biodiversité.
L’objectif du parti ADLE est de « réformer en profondeur et de repenser les subventions agricoles ». Ce parti espère aussi accroître la transparence et l’égalité dans le versement des aides directes. Il insiste sur une PAC non bureaucratique, transparente et moderne qui encourage l'innovation, l'esprit d'entreprise, le renouvellement des générations et la durabilité de l'agriculture. Le parti ADLE évoque aussi le défi de la résistance aux antimicrobiens et s’oppose à toute « renationalisation » de la PAC.
Indépendance alimentaire. Le Parti de la gauche européenne a pour priorité d’assurer « l’indépendance alimentaire » en promouvant une agriculture économiquement et écologiquement durable. Le choix de la production et de l’investissement devrait, selon la gauche européenne, reposer sur des critères de préservation des écosystèmes locaux et de protection de la biodiversité. « Nous rejetons les schémas de production non durables dominants et le modèle consumériste, qui constituent deux faces du capitalisme », peut-on lire dans ce programme.
Pour le Parti vert européen (PVE), il conviendra d’investir à l’avenir dans une production alimentaire saine, plutôt que de subventionner une agro-industrie qui « détruit les sols, aggrave la crise de la biodiversité et monopolise la production alimentaire ». Les pesticides les plus toxiques doivent être interdits dès que possible, selon les Verts. Les subventions dont bénéficient les agriculteurs par le biais de la PAC devraient refléter leur capacité à s'engager pour le climat, protéger l'eau, investir dans le bien-être animal, défendre la biodiversité et éliminer les OGM. Enfin, le PVE demande des prix équitables pour les agriculteurs. Les Verts s'engagent aussi pour le bien-être des animaux d'élevage et s'opposent à la « cruauté de l'élevage de masse et au transport d'animaux vivants sur de longues distances ».
Les responsabilités de la DG AGRI. Dans une lettre envoyée aux candidats têtes de liste des partis politiques en vue des élections, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) demandent que, dans l’organisation de la prochaine Commission, le département de l'agriculture et du développement rural de la Commission (DG AGRI) « conserve sa responsabilité stratégique en ce qui concerne les politiques de développement agricole et rural de l'UE » et reste « la principale DG » qui s’occupe de tous les aspects de la PAC.
« Contrairement à certaines suggestions », qui voudraient donner à la DG Environnement un rôle plus important dans la PAC, « nous pensons que le rôle et les responsabilités de la DG AGRI devraient être renforcés afin de renforcer la coordination des politiques de l’Union européenne ayant une incidence sur les activités des agriculteurs et des coopératives agricoles européennes », peut-on lire dans la lettre. La DG AGRI contribue de manière significative à plusieurs des priorités politiques de la Commission, notamment le commerce, l’emploi, la croissance et les investissements, ainsi que le marché intérieur, rappelle le Copa-Cogeca. (Lionel Changeur)