Le commissaire européen à la Politique de voisinage, Johannes Hahn, a proposé, mercredi 22 mai, une aide financière de l’UE pour aider les jeunes des pays du versant sud de la Méditerranée à retourner chez eux.
Interrogé sur la fuite de cerveaux dont sont victimes les pays du sud de la Méditerranée, M. Hahn a reconnu que les initiatives de l’UE, telles qu’Horizon 2020 ou Erasmus+, auxquelles participent des jeunes de la région pouvaient aussi renforcer ce phénomène.
« C'est une préoccupation que j'ai partagée avec ces pays, à savoir que notre incitation à attirer [ces jeunes] puisse amorcer la fuite des cerveaux », a-t-il reconnu dans une interview accordée à EUROPE. « Nous devons réfléchir ensemble à la manière dont nous pouvons transformer cette fuite des cerveaux en circulation des cerveaux », a-t-il ajouté.
Il s’agit « de stimuler l'économie, d'offrir des possibilités qui permettent aux gens de rester ou de revenir dans leur pays d'origine avec des possibilités plus attrayantes, utiliser l'expérience acquise en Europe, fournir une aide financière particulière, offrir des schémas de promotion spéciale pour ceux qui souhaitent revenir », a-t-il détaillé. Sur ce point, M. Hahn a pris l’exemple de la Roumanie, qui a introduit de tels programmes pour faire revenir ces citoyens, financés par des fonds structurels. Dans le cas des pays du voisinage, le commissaire a précisé que des fonds européens pourraient aussi être utilisés.
Rappelant que, dans les pays émergents et en développement, la stimulation du développement et de l’économie avait en premier lieu un impact sur la région de la capitale, M. Hahn a estimé qu’un des défis était d’élargir la zone et de s’occuper aussi du reste du pays. « Si on s’intéresse à la diaspora, cela pourrait mener à une meilleure distribution des activités à travers les pays », a-t-il expliqué, estimant que, si des incitations étaient proposées, les membres de la diaspora pourraient vouloir retourner dans leur région d’origine.
Plus tôt dans la journée, le commissaire avait participé à la deuxième journée de la conférence ‘EUMed means business’, qui a réuni plus de 150 jeunes créateurs d'entreprises, entrepreneurs, experts économiques et praticiens du monde des affaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (EUROPE 12259/16), afin de recueillir leur avis et alors qu'ils se plaignent souvent que les mesures prises dans leurs pays le sont sans concertation et qu’elles ne sont pas efficaces, pas ciblées et parfois même contre-productives.
Les jeunes se sont ainsi mis d’accord sur 12 recommandations qui serviront pour préparer les futures approches de l’UE et qui seront aussi transmises aux décideurs de la région. Ces recommandations portent sur six axes : (1) permettre l'émergence d'un écosystème entrepreneurial fonctionnel ; (2) s'assurer que les investissements créent des emplois durables et décents ; (3) réduire les obstacles à la croissance des micros, petites et moyennes entreprises ; (4) stimuler l'innovation et la création d'entreprises ; (5) permettre aux jeunes d'acquérir les compétences nécessaires ; (6) développer un esprit d'entreprise sur place, attirer et retenir les talents. Parmi les propositions, on note notamment celles d’encourager les méthodes novatrices d'éducation, de créer des cadres de collaboration dans la région ou encore de favoriser le dialogue entre les milieux des affaires de l'UE et de la Méditerranée et, en particulier, entre les milieux d'affaires et les entrepreneurs du voisinage.
De son coté, auprès d'EUROPE, M. Hahn a aussi insisté sur le développement de l’entrepreneuriat social et sur la participation des femmes au marché du travail alors que le taux de participation des femmes au marché du travail dans le monde arabe est le plus faible au monde.
Voir les propositions : https://bit.ly/30FQeaG. (Camille-Cerise Gessant)