Le débat entre les sept principaux partis allemands, lundi 20 mai sur la chaîne publique ARD était à l’image de la campagne électorale nationale pour les élections européennes : courtois et monotone.
Après tout, 81 % des Allemands pensent qu’être membre de l’Union européenne est « une bonne chose », selon un récent sondage Eurobaromètre. Même le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), né en 2013 d’un mouvement eurosceptique, ne demande pas que l’Allemagne sorte de l’UE, sauf en tant que solution de dernier recours.
Le scandale Ibiza Gate, qui a eu raison de la coalition gouvernementale autrichienne (EUROPE 12259/4), a permis à la présidente de la Christlich Demokratische Union (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer, de répéter son opposition à une alliance avec l’extrême droite, soulignant lors du débat que Heinz-Christian « Strache et le FPÖ démontrent ce que les populistes de droite signifient en Europe ». Le porte-parole de l'AfD, Jörg Meuthen, s’est contenté de botter en touche, soulignant qu’il s’agit d’une « affaire interne » au voisin autrichien.
La CDU toujours en tête
Malgré ces affinités européennes, seule la moitié des 64,8 millions d’électeurs allemands comptent se déplacer aux urnes dimanche pour choisir leurs eurodéputés parmi les 41 partis en lice (EUROPE 12260/3).
La CDU reste favorite avec 30 % des intentions de vote. Le Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD) tombe sous la barre des 18 % d'intentions de vote, derrière Bündnis 90/Die Grünen crédités de 19 %. L’AfD se stabiliserait autour de 12 % tandis que le parti d'extrême gauche Die Linke obtiendrait 7 %.
Même en s’affichant comme les alliés de choix du français Emmanuel Macron, les libéraux du Freie Demokratische Partei (FDP) ne décollent pas, stagnant à 5 % des intentions de vote. Puisque, pour la dernière fois, l’Allemagne n’a pas de seuil de 5 %, le parti satirique Die Partei ou Die Piratenpartei pourraient encore envoyer des députés au Parlement européen.
« Effet Greta » contre « effet gilets jaunes »
Effet 'Greta Thunberg' selon la presse allemande, le climat est au centre de la campagne. Et pour cause : l’environnement est la première des préoccupations chez 48 % des Allemands, avant les questions sociales (43 %) et loin devant l’immigration (25 %), selon un sondage publié le 16 mai.
Le gouvernement de coalition SPD, CDU-CSU met déjà les bouchées doubles pour 'montrer patte verte' (EUROPE 12254/7). Il doit présenter fin mai des mesures de mise en œuvre des objectifs pour 2020. Le 22 mai, il a adopté les mesures d’aide aux régions affectées par la sortie du charbon à l’horizon 2038.
La fiscalité des carburants reste plus conflictuelle. Pendant que Mme Kramp-Karrenbauer se perdait en circonvolution à propos d’un « paquet global » lors du débat, Markus Söder simplifiait la rhétorique. « Même avec de bonnes intentions, il ne faudrait pas provoquer les gilets jaunes en Allemagne », a résumé le ministre-président CSU de Bavière, patrie du constructeur automobile BMW.
Seuls les écologistes et l’AfD s’opposent frontalement à propos des taxes sur le CO2. Le signal de l’AfD sur ses affiches électorales est clair : « Si vous en avez marre des Verts, votez bleu. » L’ennemi à abattre pour l’extrême droite en Allemagne, ce sont les « utopistes du climat ». Pour rejeter l’extrême droite, allez voter, répliquent les Verts.
Verts et AfD au coude à coude à l’Est
La partie sera serrée entre ces deux partis dans les Länder de l’Est. Le grand enjeu sera de mobiliser les jeunes et les abstentionnistes.
Malgré des élections communales simultanées, « le taux de participation était de 50 % dans le Brandenburg en 2014 », note Jochen Franzke, de l’Université de Potsdam, pour qui « ce sera difficile de faire beaucoup mieux ». Très mobilisé, l’AfD pourrait remporter jusqu’à 30 % des voix dans une partie de la Saxe ou du Brandenburg.
Stress test pour Nahles et AKK
Le scrutin sera un test pour les 'grands' partis dans ces régions, où se dérouleront cet automne des élections régionales capitales. Or, Andrea Nahles, qui préside le SPD depuis avril 2018, n’a pas vraiment démontré sa capacité à sortir les sociaux-démocrates de l’ornière. Des noms de successeurs potentiels, comme Matthias Miersch, circulent déjà.
La situation d’Annegret Kramp-Karrenbauer est à peine plus enviable. Un séminaire du parti le 3 juin doit préparer « une nouvelle phase », a-t-elle annoncé. Alors que les rumeurs, toujours démenties, courent régulièrement sur un éventuel départ d’Angela Merkel à Bruxelles, Mme Kramp-Karrenbauer a rappelé récemment la répartition des tâches : l'actuelle chancelière allemande « dirige le gouvernement jusqu’en 2021 et mon devoir est de mettre la CDU en ordre de marche pour les prochaines législatives ». Une manière, aussi, de protéger Mme Merkel au moins jusqu’en 2020, lorsque l’Allemagne assumera la présidence semestrielle du Conseil de l'UE. (Nathalie Steiwer)