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Bulletin Quotidien Europe N° 12259
INSTITUTIONNEL / Pe2019

L'« Ibiza Gate » pourrait mettre à mal de futures coalitions gouvernementales avec l'extrême droite, selon Cas Mudde

Le politologue néerlandais Cas Mudde, spécialiste du populisme, a donné, lundi 20 mai, son éclairage sur les implications du scandale de l’« Ibiza Gate », lors d’un évènement organisé par la Représentation permanente des Pays-Bas auprès de l’UE. Selon lui, cela n’influencera pas les électeurs en vue des élections européennes, mais, en revanche, cela fera réfléchir à deux fois les partis de gouvernement avant d’envisager une coalition avec l’extrême droite. 

Le scandale de l’« Ibiza Gate » (EUROPE 12230/22) a provoqué l'effondrement de la coalition gouvernementale extrême droite–droite en Autriche entre le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) et le Parti populaire autrichien (ÖVP), après la diffusion d'une vidéo du vice-chancelier, Heinz-Christian Strache, où ce dernier se disait disposé à offrir des marchés publics à un oligarque russe en échange de financements occultes. 

Le FPÖ a annoncé lundi en fin de journée retirer tous ses ministres du gouvernement, sans attendre les élections législatives anticipées qui devraient avoir lieu en septembre. Cela fait suite à la décision du chancelier, Sebastian Kurz, de limoger le ministre de l'Intérieur d'extrême droite, Herbert Kickl. Le président du Parlement autrichien a par ailleurs indiqué qu'une motion de censure présentée par l'opposition contre le chancelier sera votée le 27 mai. 

Pour Cas Mudde, ce type de scandale frappant les partis d’extrême droite ne décourage pas tellement le vote populiste. Les électeurs des partis populistes ont des attentes plutôt basses, a-t-il expliqué. Ils considèrent que tous les autres politiciens sont corrompus. Dans leur esprit, si les partis populistes « volent », mais font au moins quelque chose de bien pour eux, ils restent meilleurs que les autres. 

Ainsi, un scandale comme l’« Ibiza Gate » n’influencera pas, selon lui, les électeurs, mais devrait, en revanche, influencer l’élite. « Cela incitera les autres partis à regarder à nouveau leurs partis d'extrême droite locaux et à se demander s'ils devraient vraiment collaborer avec eux », a-t-il expliqué. 

Cas Mudde est aussi revenu sur le rassemblement, samedi dernier, de douze partis d’extrême droite eurosceptiques à Milan. « Sur le plan de l'organisation et de la collaboration, ce n'est pas nouveau, c'est un peu mieux réussi », a-t-il estimé, mais sans être non plus « impressionnant ». 

Ce type d’évènement reçoit à ses yeux une attention disproportionnée de la part des médias. « Il n’y avait personne d’important là-bas », a-t-il déclaré, relevant l’absence remarquée du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. 

Pour lui, l’histoire ne fait que se répéter par rapport à 2014. À l’époque aussi, tout le monde disait qu'ils formeraient un grand groupe au sein du Parlement européen. En fin de compte, il leur aura fallu près d’un an et demi après les élections européennes pour former un groupe, rappelle-t-il. 

Le populisme à la loupe

Spécialiste reconnu du phénomène populiste, Cas Mudde le définit comme une « idéologie qui divise la société en deux groupes différents : le peuple pur, d'une part, et l'élite corrompue, d'autre part ». Selon lui, la distinction n’est pas nécessairement financière, elle est avant tout morale. Il s’agit de savoir si les personnes sont « bonnes » ou « mauvaises », « authentiques ou non », a-t-il expliqué. 

Chez les populistes, le rôle du leader est d’ailleurs particulièrement intéressant. « Techniquement, le leader ne dirige pas. Le leader fait partie du peuple », a expliqué le politologue. 

« Donc, ils n’ont pas forcément l’impression que Nigel Farage les guide. Farage est l’un d’entre eux et la raison pour laquelle ils l’apprécient, c’est parce qu’il peut mieux faire, mais pas parce qu’il a de meilleures idées », a-t-il pris comme exemple. 

C’est d’ailleurs sur la base de ce discours que les populistes se vendent. Le président américain, Donald Trump, sait très bien le faire, lorsqu’il dit à ses électeurs dans ses discours : « je vous ai ramené à la Maison-Blanche ». De cette façon, il arrive à se présenter comme un « véhicule du peuple », selon Cas Mudde. 

Pour autant, Donald Trump, l’individu, n’est pas populiste, explique-t-il, car il ne se voit pas comme faisant partie du peuple, mais plutôt comme étant au-dessus de tout. « Trump, en tant que phénomène politique, est populiste », a-t-il en revanche estimé. 

Selon Cas Mudde, la montée du populisme peut être, dans une certaine mesure, liée à la démocratisation de nos sociétés. « Si les gens sont plus critiques à l'égard des responsables politiques aujourd'hui et s'ils agissent, ce n'est pas tant parce que les politiciens sont pires ou plus corrompus qu'ils ne l'étaient auparavant. Nous avons des médias plus indépendants et nous en entendons donc davantage parler. La plupart des gens ont plus confiance en eux. Ils se sentent mieux informés, ils se sentent capables de critiquer l'élite », a-t-il expliqué. 

Auparavant, la plupart des citoyens qui votaient pour l'extrême droite le faisaient parce qu'ils craignaient de perdre leur position ou leurs privilèges. Aujourd’hui, c’est avant tout pour des questions socioculturelles, a-t-il constaté. Selon lui, l’anxiété économique joue certes un rôle dans le vote populiste, mais c’est la traduction socioculturelle de ce sentiment qui est déterminante. (Marion Fontana)

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