En vue des élections européennes, les partis nationaux en compétition publient des ‘programmes’. Au niveau de l’Union, les familles ou partis politiques européens s’entendent sur un texte général, un ‘manifeste’, qui synthétise leur projet politique pour la mandature et doit servir de boussole aux électeurs, puis aux élus. L’examen comparatif de ce type de document n’est pas du temps perdu.
Les Conservateurs et réformistes européens (groupe CRE au PE) ont simplement adopté la courte ‘Reykjavik Declaration’, qui rappelle leur attachement à une Europe de nations indépendantes. Pour les familles actuellement représentées par les groupes ‘Europe des Libertés et de la Démocratie directe’ (ELDD) et ‘Europe des Nations et des Libertés (ENL), il faut s’en remettre aux déclarations des leaders (Farage, Salvini, Le Pen, etc.), dont les idées fixes sont bien connues.
L’actuel groupe politique GUE/NGL, à présent éclaté entre trois tendances au moins, n’a plus de programme commun. La ‘Gauche européenne’ s’appuie sur son manifeste fondateur. Pour ‘Maintenant le Peuple’, une courte déclaration adoptée en 2018, invite à ‘rompre avec le carcan des traités européens qui imposent l’austérité et favorisent le dumping fiscal et social’. Le mouvement DiEM25, nettement transnational, a un manifeste intitulé : ‘L’Union européenne va se démocratiser. Ou elle va se désintégrer !’
Par ailleurs, le jeune mouvement citoyen VOLT, par sa ‘Déclaration d’Amsterdam’, a adopté un manifeste d’inspiration fédéraliste et éco-sociale (EUROPE 12250/6).
Les partis les mieux représentés au Parlement (PPE, PSE, ALDE, PVE) ont chacun leur manifeste. Il faut aussi considérer, en France, celui, baptisé ‘Renaissance’, de la liste pro-Macron, qui, déjà fiancée à l’ALDE, lui apportera sans doute un renfort de quelque 20 députés (EUROPE 12251/6).
Ces documents constituent le plus petit dénominateur commun entre formations nationales. Leur taille est donc un indicateur : entre les 4 pages du PSE et les 19 du PVE, on trouve l’ALDE, le PPE, ‘Renaissance’ et VOLT. Sont les plus riches : les textes des Verts et de ‘Renaissance’. Les paragraphes inauguraux donnent le ton : l’enjeu sécuritaire et migratoire pour le PPE ; les valeurs clés de liberté et démocratie (avec une dénonciation des populistes et nationalistes) pour l’ALDE ; le progrès social avec une Europe de l’égalité et de l’équité au PSE ; l’urgence écologique pour ‘Renaissance’ et le PVE ; les ravages du capitalisme pour la Gauche européenne ; la politique économique nocive menée par la technobureaucratie bruxelloise pour DiEM25.
Notre Bulletin a déjà analysé les différences programmatiques entre partis, qu’il s’agisse de migration (EUROPE 12250/7), de politique sociale (EUROPE 12250/9), de climat (EUROPE 12255/5), d’énergie (EUROPE 12255/7) ou de terrorisme (EUROPE 12255/8). Il en fera de même, ces mercredi et jeudi, sur les questions liées à l’action extérieure et le commerce international. L’idée d’un salaire minimum est présente dans les manifestes du PSE, du PVE et de ‘Renaissance’, mais pas chez son allié futur, l’ALDE. Celui-ci n’aborde pas la pauvreté et l’inclusion sociale, tout comme le PSE fait bref sur le terrorisme et la défense européenne. Le PPE est seul à s’opposer à l’adhésion de la Turquie à l’UE. On pourrait multiplier les comparaisons, domaine par domaine. Penchons-nous sur deux aspects conditionnant le reste : le budget de l’UE et le fonctionnement de ses institutions.
Sur le budget, d’abord, pas un mot du PPE, ni de la droite extrême, ni de la gauche radicale. Les Verts sont les seuls à réclamer un « budget plus ambitieux » pour l’UE, finançable par des taxes d’inspiration écologique. Un budget propre de la zone euro est réclamé par le PSE et ‘Renaissance’, tandis que l’ALDE plaide pour un Fonds monétaire européen et pour la qualité de la gestion budgétaire. Aucun parti ne fournit de chiffres. L’enjeu du nouveau cadre financier pluriannuel n’apparaît jamais.
Sur les institutions et la démocratie, DiEM25 veut une révolution complète, commençant par la transparence généralisée, les étapes suivantes devant faire l’objet de propositions ultérieures. VOLT, seul, imagine un président de l’Union élu par ses citoyens. Le PSE se borne à encourager la démocratie et faire du 9 mai un jour férié dans tous les États membres. Seuls les Verts et les acteurs de ‘Renaissance’ parlent de l’Initiative citoyenne européenne ; les premiers pour la renforcer, jusqu’à pouvoir demander une réforme des traités ; les seconds pour que le Conseil et le Parlement s’en emparent, la Commission n’étant mentionnée que pour réduire le nombre de ses membres.
Fait majeur : le droit d’initiative législative devrait être accordé au Parlement, selon le PPE, l’ALDE, Renaissance et le PVE. Belle convergence, mais cette mesure nécessite une révision des traités ! On peut logiquement s’attendre à ce que les membres de ces formations siégeant au Conseil européen s’en fassent les avocats… Le seul parti à décrire un processus de révision des traités est le PVE, qui souhaite la généralisation de la codécision à tous les domaines. Le PPE plaide pour le recours à la majorité qualifiée en politique étrangère. Le PSE fait entendre son grand silence.
Renaud Denuit