Du harcèlement. C'est ainsi que le représentant de Huawei auprès des institutions européennes, Abraham Liu, a qualifié mardi 21 mai la décision américaine de placer le géant chinois sur la liste noire des entreprises avec qui les sociétés américaines ne sont pas autorisées à travailler (EUROPE 12258/9, 12256/22). Cette décision deviendra effective d'ici 90 jours, ont précisé la veille les autorités américaines.
« Il ne s'agit pas seulement d'une attaque contre Huawei, mais également contre l'ordre basé sur des règles libérales, ce qui est dangereux », a-t-il déclaré lors d'une présentation à Bruxelles dans son centre de cybersécurité, affirmant que le décret adopté par Donald Trump le 15 mai allait à l'encontre de ce qu'envisageaient les pères fondateurs européens et américains. Abraham Liu a invoqué le principe d'État de droit et a affirmé qu'il s'agissait d'un défi commun, dans la mesure où l'administration Trump menaçait aussi les voitures européennes.
Sur l'impact concret du décret américain, qui a déjà poussé Google à annoncer la fin de sa collaboration avec Huawei, il a affirmé que les modèles existants seraient globalement préservés.
Mais la question des prochains modèles est clairement posée. « Le principal résultat, c'est que les consommateurs européens risquent de ne plus avoir le choix de se tourner vers le deuxième plus grand fournisseur de smartphones. C’est une situation extrême. En termes de concurrence sur le marché libre, cela pose de vraies questions », a déclaré Abraham Liu.
Il a encouragé les pays de l'Union européenne à ne pas exclure Huawei du déploiement du réseau 5G. Selon lui, Huawei respecte les règles européennes et ses équipements sont quasi européens, 'pensés pour les besoins de l'Europe' et réalisés à l'aide de main-d'œuvre européenne (12 200 employés en Europe).
Interrogé par EUROPE sur la possibilité que Huawei commercialise dans un avenir proche son propre système d'exploitation, pour remplacer le système Android de Google, Abraham Liu s'est montré plutôt circonspect : « C'est une question très technique. Je sais que le directeur général de Huawei, Ren Zhengfei, a déjà mentionné une fois devant les médias que nous travaillions à notre propre système d'exploitation. C'était il y a un moment, quelques années ou quelques mois. Mais je n'ai pas d'informations fraîches à ce sujet. » (Sophie Petitjean)